Première Partie

Genèse et généalogie du test d’Interprétation de Formes
vendredi 12 janvier 2018
par  Claude Bouchard

HISTOIRE ET ACTUALITE DU TEST DE RORSCHACH
Genèse et généalogie du test d’Interprétation de Formes

Première Partie (1/3)

S’il existe des écrits sur la carrière et l’œuvre de Hermann Rorschach (Ellenberger, 1954 ; Searls, 2016), l’histoire de l’épreuve d’Interprétation de Formes, plus connue sous le nom de « test de Rorschach », est encore à faire. Elle coïnciderait sans doute, en bien des points, avec l’histoire de la psychiatrie clinique, puis de la psychologie, tant l’épreuve de Rorschach a été régulièrement convoquée par les diverses questions de la psychologie et de la psychopathologie, ou utilisée selon certains de leurs modèles théoriques. Il suffit de parcourir les diverses, et toujours abondantes, bibliographies sur le test de Rorschach pour constater non seulement sa permanence en ce champ depuis près d’un siècle, mais encore la large variété des auteurs et des courants théoriques représentés, et des nombreuses interrogations mises « à l’épreuve » du Rorschach. Celles-là mêmes qui ont nourri et guidé la psychologie contemporaine, mais aussi, et non moins importantes, celles qui ont constitué les pratiques psychologiques.

Le Rorschach, en effet, a aussi largement contribué à l’institutionnalisation de la psychologie dans de nombreux pays. C’est au point qu’il a plus d’une fois fidèlement reflété, dans les fluctuations de son usage, les crises marquantes et les métamorphoses de cette aventure. C’est dire qu’une histoire du Rorschach ne serait guère complète à s’en tenir seulement aux problèmes « éclairés » par le Rorschach ou aux idées qu’il a pu susciter, sans tenir compte aussi, et peut-être plus essentiellement, de la rencontre de ces problèmes et du Rorschach. Car s’il est vrai, comme le rappelle François Dachet [1] , que la mesure de « la » psychologie est en fait celle des problèmes sociaux qu’on lui soumet, alors l’histoire du Rorschach (et des méthodes projectives en général) est sans nul doute l’une des voies royales pour étudier la façon dont advient « du » psychologique, considéré d’un point de vue à la fois clinique et institutionnel.

Histoire immense donc, scientifique, disciplinaire, voire politique, qui aurait à retracer les avatars sociotechniques du Rorschach (ses « applications ») et le risque souvent encouru que s’y perde l’originalité expérimentale de l’épreuve inventée par Hermann Rorschach, toujours à retrouver, toujours à redécouvrir.

C’est bien plus modestement que nous proposerons ici une revue historique et épistémologique, qui n’a d’autre ambition qu’un simple repérage. L’entreprise, de plus, se limite principalement aux travaux francophones européens et aux Etats-Unis. Et dans ces limites mêmes, elle ne prétend pas non plus à l’exhaustivité, laissant par exemple de côté plusieurs revues ou annales non consultées. Notre souci premier étant de distinguer les grandes tendances théoriques et méthodologiques concernant le Rorschach, il était d’abord plus judicieux de ne s’adresser qu’aux publications spécialisées [2] . L’enquête à travers une littérature plus large impliquerait une tout autre démarche : d’étude des relations complexes entre la psychologie projective « savante », l’enseignement des méthodes projectives, et les pratiques institutionnelles (évaluation psychologique, recherche, pratique psycho-thérapeutique).

C’est donc plus schématiquement que se tentera ici l’esquisse d’une histoire du Rorschach, principalement en tant qu’émergence d’une institutionnalisation universitaire de la psychologie et invention de modèles théoriques et méthodologiques différenciés.

DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DU RORSCHACH
Le Rorschach en Suisse, aux Etats-Unis et en France jusqu’en 1970 [3]

Suisse

Hermann Rorschach – Repères biographiques

Bien qu’elle se soit développée relativement en marge des institutions scientifiques et académiques de son temps, l’œuvre de Hermann Rorschach, notamment l’invention de son test d’interprétation de formes, s’inscrit parfaitement dans un contexte précis et particulièrement fécond. En tant que médecin psychiatre, il fut en effet étroitement associé à cet âge d’or de la psychiatrie clinique suisse de langue allemande des débuts du vingtième siècle, dominée par l’œuvre et la personnalité d’Eugen Bleuler et de Carl Gustav Jung, et les recherches pionnières menées à la clinique psychiatrique universitaire de Zurich (Zürich), le Burghölzli, dont Bleuler était alors le directeur. Bien que profondément original et novateur, le test de Rorschach, dans sa conception, s’est nourri des travaux de cette « Ecole suisse », de haute renommée à l’époque, dans le monde médical germanique et au-delà.

Hermann Rorschach est né le 8 novembre 1884 à Zurich, en Suisse alémanique, lors d’un séjour de deux années de ses parents dans cette ville entre 1884 et 1886. Sa famille est originaire de la petite ville d’Arbon, située au bord du lac de Constance, dans le canton de Thurgau (Thurgovie), à l’extrémité nord-est de la Suisse. Il a été établi que la dynastie des Rorschach, plutôt sédentaire et principalement composée d’artisans et de paysans, est restée fidèle durant plusieurs siècles au district d’Arbon. Le nom semble d’ailleurs bien ancré dans la région, puisqu’il existe deux communes nommées Rorschach et Rorschachberg à quelques kilomètres au sud-est d’Arbon, dans le canton voisin de St. Gallen (Saint-Gall). Ulrich Rorschach, le père de Hermann, rompt avec cette tradition ancestrale en s’installant à Zurich puis, à partir de 1886, à Schaffhausen (Schaffhouse), dans le canton du même nom, à quelque distance au nord-ouest de la Thurgovie et du district d’Arbon. Ulrich, de plus, se dit artiste peintre, et entame en 1886 une carrière de professeur de dessin à l’école élémentaire et à la Realschule de Schaffhausen.

Hermann est le premier d’une famille de quatre enfants. Du mariage de son père avec sa mère, Philippine Wiedenkeller (également issue d’une famille originaire d’Arbon), en 1882, naîtront encore Anna (1888) et Paul (1891) ; puis, après le décès de sa mère en 1899 et le second mariage de son père avec la sœur cadette de Philippine, Regina Wiedenkeller, une demi-sœur, Regina (1900). Ulrich Rorschach décède à son tour précocement en 1903 ; Hermann est alors âgé de 18 ans, en voie de terminer ses études élémentaires à l’école cantonale de Schaffhausen (1904). Disposé à poursuivre des études supérieures, il hésite entre une carrière artistique et une carrière scientifique. Le jeune homme écrit à l’un des plus fameux savants de l’époque, Ernst Haeckel, médecin et biologiste allemand, professeur à la faculté de philosophie d’Iéna, qui lui conseille, en réponse, la voie scientifique. Hermann Rorschach choisit ainsi d’entamer des études de médecine, sans toutefois jamais renoncer à son talent et à son intérêt pour l’art, transmis par son père.

Comme il était de coutume en Suisse à l’époque, Le jeune Hermann effectue ses études de médecine dans plusieurs universités, successivement à Zurich, Berlin, Bern (Berne), et à nouveau Zurich, où il obtient son diplôme fédéral de médecine en 1909. Entretemps, il s’est découvert une passion pour la Russie, où il fait un premier séjour de vacances en 1906. C’est durant la fin de ses études de médecine en Suisse qu’il rencontre une étudiante en médecine russe, Olga Stempelin, originaire de Kazan, qu’il épousera en 1910.

Pour mieux établir sa carrière de médecin, Hermann Rorschach candidate à un poste de médecin assistant, qu’il obtient en 1909, à l’asile cantonal de Münsterlingen, dans le canton de Thurgovie (district de Kreuzlingen), et entame un travail de thèse pour obtenir le titre de docteur en médecine. Intéressé par la psychiatrie, il soumet à Eugen Bleuler, qui l’accepte (à l’époque, c’était le directeur de thèse qui en dictait le sujet), un projet de thèse sur le phénomène des hallucinations-réflexes, défini par l’aliéniste allemand Karl Ludwig Kahlbaum en 1866. Depuis le début de ses études en médecine, en effet, marqué par un rêve personnel d’une étonnante vivacité, et qu’il mentionnera dans sa thèse, Hermann est passionnément intéressé par le problème psychologique de l’imagination sensorielle du mouvement. Il obtient son doctorat en médecine à l’Université de Zurich, le 12 novembre 1912, avec une étude intitulée Über ‟Reflexhalluzinationen‟ und verwandte Erscheinungen (Sur les hallucinations-réflexes et les phénomènes associés), qu’il publie la même année, et sous le même intitulé, dans une revue de neuropsychiatrie [4] . Un article publié en 1912, Reflexhalluzinationen und Symbolik, complètera la thèse ; mais d’autres, de la même année, en développent l’une des principales idées : la transition des états, entre sensation, perception, affectivité et action (passage à l’acte, production artistique).

Durant l’élaboration de sa thèse et sa pratique de médecin à Münsterlingen, dans l’année 1911, Hermann Rorschach entretient de nombreux échanges avec Konrad Gehring, l’un de ses anciens camarades de l’école cantonale de Schaffhausen, devenu instituteur à l’école d’Altnau, également située dans le district de Kreuzlingen. Ils mènent ensemble une expérience comparative d’interprétation de taches d’encre inspirées des « klexographies », de Justinius Kerner [5] , entre des patients de Rorschach et les jeunes élèves de Gehring. Sans lendemain dans l’immédiat. Hermann Rorschach ne reprendra ses expériences avec des taches d’encre qu’en 1917.

La période 1909-1917 est particulièrement riche en travaux de recherche et en événements personnels. Hermann Rorschach s’intéresse à la psychanalyse à partir de 1909 et l’utilise parfois dans sa pratique médicale, éventuellement complétée par le test d’association de mots publié par C.G. Jung en 1904. En 1907, un groupe d’une vingtaine de membres se crée à Zurich autour d’Eugen Bleuler et d’Adolf Meyer, la Société de recherches freudiennes (Gesellschaft für Freudsche Forschungen), présidée par Ludwig Binswanger. Ce premier groupe psychanalytique suisse (germanique), issu du milieu médical du Burghölzli, tente d’appliquer la psychanalyse à la psychiatrie asilaire, que Sigmund Freud, neurologue pratiquant en cabinet privé, n’a jamais connue. Bleuler a très tôt entamé une longue correspondance avec Freud (1904-1937), et le groupe zurichois participe étroitement au Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen (Annales de recherches en psychanalyse et psychopathologie), première revue psychanalytique, créée en 1908 par Freud et Bleuler (directeurs de publication), et C.G. Jung (rédacteur en chef). En mars 1910 est fondée par Freud avec plusieurs des pionniers de la psychanalyse, l’Internationale Psychoanalytische Vereinigung (IPV) (International Psychoanalytical Association – IPA), dont le premier président est C.G. Jung. En Suisse, dès la même année, le petit groupe des Freudsche Forschungen devient la première société psychanalytique suisse, le Zürcher Orstgruppe, le « groupe local de Zurich », affilié à l’IPV et présidé par Ludwig Binswanger. En marge de ces premiers groupements suisses (1909-1913), Hermann Rorschach publie, entre 1912 et 1914, plusieurs études psychanalytiques dans le Zentralblatt für Psychoanalyse und Psychotherapie (Journal de Psychanalyse et de Psychothérapie, 1911 1914) ; puis, entre 1917 et 1920, dans diverses revues de médecine et de psychiatrie, quelques articles sur les sectes en Suisse et les fondateurs de sectes, contribution à une psychologie des religions, qu’il considère alors comme son « grand œuvre ».

Les recherches psychanalytiques de Hermann Rorschach correspondent à la fin de sa pratique à Münsterlingen (avril 1913) et à son court passage, en tant qu’assistant, à l’asile psychiatrique de Münsingen (canton de Berne). Le couple Hermann-Olga, en effet, part s’installer en Russie en décembre 1913, pays alors très ouvert aux idées nouvelles en psychiatrie et à la psychanalyse. N’ayant pas trouvé de poste aussi intéressant que ceux qu’il pouvait obtenir en Suisse, Hermann y revient dès 1914 et accepte un emploi de médecin assistant, à la clinique psychiatrique universitaire de la Waldau, près de Berne (juillet 1914). Il y reste en fonction jusqu’en octobre 1915. Hermann Rorschach obtient en effet, en novembre 1915, le poste d’Oberartz (médecin-chef) de l’hôpital Krombach de Herisau. C’est un établissement psychiatrique cantonal de l’Appenzell, réputé fort moderne à l’époque, situé à l’extrême nord-est de la Suisse (et de la Thurgovie natale de Rorschach), non loin de la frontière avec l’Autriche. L’établissement peut recevoir jusqu’à 300 malades.

C’est à cette époque que naissent les deux enfants de Hermann et d’Olga : Elisabeth (Lisa), en juin 1917, et Wadim Ulrich, en mai 1919. Toujours intéressé par la psychanalyse, Rorschach s’associe à la toute nouvelle Société Suisse de Psychanalyse (Schweizerische Gesellschaft für Psychoanalyse – SGPsa), fondée à Zurich en mars 1919 à l’initiative d’Oskar Pfister, d’Emil Oberholzer et de son épouse Mira Oberholzer. Hermann Rorschach en est nommé vice-président, auprès d’Emil Oberholzer, président. Mais c’est aussi lors de la période à Herisau que Rorschach reprend ses travaux sur l’interprétation des taches d’encre amorcés en 1911 et entame l’élaboration de son test psychologique.

Durant toutes ces années, Rorschach n’a pas abandonné son intérêt pour l’art et a introduit des activités artistiques dans le traitement des malades à Herisau, à l’instar de Walter Morgenthaler, l’un des premiers psychiatres à s’être intéressé à « l’art des fous », et dont il a été l’assistant à la Waldau. Mais c’est la publication par Szymon Hens, en 1917, de sa thèse de médecine : Phantasieprüfung mit formlose Klecksen bei Schulkindern, normalen Erwachsenen und Geisteskranken (Test d’imagination avec des taches informelles sur des écoliers, des adultes normaux et des malades mentaux), réalisée avec l’accord d’Eugen Bleuler, qui semble avoir été le principal déclencheur. En parallèle à ses activités de médecin-directeur et à ses travaux sur les sectes, Hermann Rorschach entreprend alors l’élaboration d’un matériel inédit de taches d’encre, toute une série d’expérimentations sur des malades et des sujets normaux, l’élaboration d’une théorie de son test, et la rédaction d’un ouvrage, finalement publié en juin 1921, sous le titre Psychodiahgnostik. Methodik und Ergebnisse eines wahrnemmungsdiagnostischen Experiments (Deutenlassen von Zufallsformen) (Psychodiagnostic. Méthodologie et résultats d’une expérience de diagnostic de la maladie – Interprétation de formes aléatoires) [6] . Cet essai sera développé et complété par Rorschach lui-même, lors d’une communication à la Société Suisse de Psychanalyse en février 1922, plus tard publiée par Emil Oberholzer sous le titre Zur Auswertung des Formdeutversuchs für die Psychoanalyse (Sur l’évaluation de l’épreuve d’interprétation des formes pour la psychanalyse, traduit en français par : Contribution à l’utilisation du test d’interprétation des formes). A cette époque déjà Hermann Rorschach considérait son ouvrage Psychodiagnosik comme imparfait et obsolète (Stempelin-Rorschach, 1944).

Hermann Rorschach n’aura pas le temps de poursuivre ses travaux. Reçu en urgence à l’hôpital de Herisau le 1er avril 1922 pour des douleurs abdominales dont il souffrait depuis une semaine (une péritonite aggravée), le malade est inopérable et décède le lendemain, à l’âge de 38 ans. Lors de ses obsèques, célébrées à Zurich par le pasteur (et psychanalyste) Oskar Pfister, c’est Eugen Bleuler qui prononce l’éloge funèbre de son ancien élève. Sur sa pierre tombale, Hermann Rorschach est simplement désigné comme docteur en médecine et psychiatre.

Suisse alémanique

L’œuvre de Rorschach nous est connue grâce à l’action première de quelques-uns de ses proches confrères, médecins psychiatres, avec qui il avait travaillé à la clinique du Waldau (Morgenthaler, Fankhauser) ou à l’hôpital de Herisau (Behn-Eschenburg, Roemer), ou rencontrés dans d’autres circonstances professionnelles (Oberholzer). Plusieurs d’entre eux ont contribué à transmettre la méthode de Rorschach à d’autres praticiens, médecins, psychanalystes ou psychologues, et ont ainsi favorisé sa diffusion dans les milieux médicaux zurichois et bien au-delà.

C’est Walter Morgenthaler (1882-1965) qui édite Psychodiagnotik, deuxième volume de la collection Arbeiten zur angewandten Psychiatrie dont il est le directeur, selon un contrat signé avec la société d’éditions Bircher, à Berne, prévoyant un tirage de 1.200 exemplaires, en mai 1920. L’ouvrage ne paraîtra finalement qu’en juin 1921 après de longues tracasseries, conduisant notamment à une réduction du nombre des planches, de quinze d’abord proposées à dix finalement publiées, vraisemblablement pour des raisons de coût d’impression. Comme on le sait, les planches imprimées seront plus claires que les taches d’origine, ce qui conduira très vite Hermann Rorschach à observer un nouveau type de réponse, dont il rendra compte dans sa conférence de 1922, et que Hans Binder définira en 1932 sous le nom de Helldunkeldeutung (interprétation de clair-obscur).

Entretemps, Rorschach réalise avec son collègue Hans Behn-Eschenburg (1893 1934) une nouvelle série de planches (parfois dites « parallèles »), publiée bien plus tard sous le nom de test de Behn-Rorschach (1941). Sous la direction de Rorschach dont il est alors médecin-assistant à Herisau, Behn-Eschenburg est le premier à tenter l’application de la méthode de Rorschach à des enfants et des adolescents, et à y consacrer un volume, publié à Berne et à Leipzig en 1921.

Dans le même temps, Georg Roemer (1892-1972) fait lui aussi connaître le travail de Rorschach en Allemagne, à l’occasion du Congrès de la Société allemande de Psychologie expérimentale, à Marburg en avril 1921. [7] La réaction germanique à cette innovation est d’abord négative [8] , notamment de la part de William Stern, qui publiera pourtant en 1938 une méthode inspirée de celle de Rorschach, sous le nom de Test des Nuages (der Wolkenbilder Test).

En Suisse, lorsqu’il paraît enfin en juin 1921, l’ouvrage de Rorschach est reçu avec indifférence en-dehors d’un cercle restreint de psychiatres, et malgré le soutien de Eugen Bleuler à la clinique psychiatrique du Burghölzli de Zurich. Ernst Schneider en 1922, puis Emil Oberholzer en 1923 contribueront à faire connaître, par leurs articles, la manière dont Rorschach utilisait sa méthode. Mais dans l’ensemble celle-ci restera relativement ignorée du monde médical durant de longues années et sera diffusée en Suisse en marge du système académique.

Dans les dix années qui suivent la disparition de Rorschach en 1922, quelques travaux majeurs paraissent néanmoins, en langue allemande, signés : Ernst Schneider, Ludwig Binswanger, Ernst Fankhauser, Emil Oberholzer, Emil Munz, Albert Furrer, Oskar Pfister, Max Müller, Adolf Löpfe, Manfred Bleuler, Georg Roemer, Medard Boss, Hans Binder, Hans Zulliger [9] .

La publication par Emil Oberholzer (1893-1958) de la conférence prononcée par Rorschach sur sa méthode devant la Société Psychanalytique Suisse en février 1922 est adjointe au Psychodiagnostik [10] à partir de sa 3e édition en langue allemande (1937). L’article de Morgenthaler intitulé Introduction à la technique du Psychodiagnostic de Rorschach y sera intégré à partir de la 4e édition, en 1940. Entre-temps, la publication de l’ouvrage de Rorschach en langue allemande et des planches du test a été reprise en 1932 par Hans Huber, ancien employé de la maison Bircher qu’il a rachetée pour fonder sa propre société d’édition à Berne. Les éditions Hans Huber publieront le test de Rorschach jusqu’en 1984, distribué aux Etats-Unis par Grune & Stratton Inc. (New York) et en France par les Presses Universitaires de France (P.U.F.). [11]

Dès les années 1920, divers praticiens suisses ou formés en Suisse font connaître la méthode de Rorschach à l’étranger. Dans les années 1920-1930, la méthode de Rorschach s’introduit avec plus ou moins de succès en Grande-Bretagne, en Russie, en Turquie, en Argentine, et jusqu’en Australie et au Japon – mais surtout aux Etats-Unis. Durant toute cette époque le test de Rorschach est le plus souvent enseigné sous la forme de séminaires privés, non académiques.

Dans les années 1940, l’épreuve de Rorschach connaît un nouvel élan en Suisse de langue allemande, sous l’impulsion de la psychiatrie phénoménologique. Le congrès de la Société Psychiatrique Suisse qui se tient à Münsterlingen en juin 1943 affirme l’intérêt clinique du Rorschach en psychiatrie. Sous la direction d’Adolf Zolliker et avec Roland Kuhn (1912-2005), la clinique psychiatrique de Münsterlingen (où Rorschach a travaillé de 1909 à 1913) devient un centre d’étude du Rorschach. Kuhn y enseigne la méthode à partir de 1950.

A la même époque paraît le Traité du Psychodiagnostic de Rorschach (1951) par le suisse-danois Karl Ewald Böhm (1913-1977), premier manuel systématique du Rorschach en langue allemande, publié par les éditions Hans Huber (traduction française par Berthe Reymond-Rivier, 1955 ; seconde traduction par Monique Wernert, 1985).

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est tout naturellement en Suisse alémanique que se tiendront les deux premiers Congrès Internationaux du Rorschach, à Zurich (1949) puis à Berne (1952). [12]

C’est également en Suisse, à Berne, que sera créé en 1957 par Walter Morgenthaler le fonds des Archives « Hermann Rorschach » (Archiv und Sammlung Hermann Rorschach / The Rorschach Archives and Collection), à partir de documents donnés par Olga Stempelin-Rorschach, ses enfants Elisabeth et Wadim [13] , des collègues et amis de Rorschach, et d’anciens présidents de l’International Rorschach Society (IRS). [14]

Suisse romande

Du côté des travaux suisses francophones, la méthode de Rorschach est utilisée et diffusée par Marcel Monnier, Gertrude Dworetski (qui soutiendra une thèse de doctorat ès Lettres sur le test de Rorschach, à Genève, en 1939), et surtout Marguerite Loosli-Usteri.

D’origine zurichoise, née en 1893, Marguerite Loosli-Usteri a été formée à la philosophie, la psychologie et la littérature à l’université de Zurich ; puis elle étudie la pédagogie à l’Institut Jean-Jacques Rousseau de Genève, fondé en 1912 par Edouard Claparède. Elle devient son assistante en 1919. Entre 1922 et 1923, elle travaille au « Stephansburg », service de psychiatrie infanto-juvénile créé en 1921 par Bleuler à la clinique du Burghölzli de Zurich. Albert Furrer, directeur du « Stephansburg », initie Marguerite Loosli-Usteri au test de Hermann Rorschach, qu’il a connu personnellement et qui l’a formé à sa méthode. [15] Mais c’est seulement après son retour à l’Institut Jean-Jacques Rousseau [16] en 1926, que M. Loosli-Usteri utilise le test de Rorschach, et qu’elle publie en 1929 son premier article, qui est aussi l’un des premiers articles francophones sur le Rorschach enfantin : Le test de Rorschach appliqué à différents groupes d’enfants de 10-13 ans.

Devenue enseignante spécialisée en protection de l’enfance à l’Institut Jean-Jacques Rousseau, Marguerite Loosli-Usteri y enseigne la méthode de Rorschach à partir de 1930. Cet enseignement, complété par sa pratique médico-psychologique au centre de consultation de l’Institut dont elle est la directrice, aboutira à la rédaction du premier manuel francophone consacré au Rorschach : Le diagnostic individuel chez l’enfant au moyen du test de Rorschach (1938). L’ouvrage sera réédité sous le même titre en 1948, puis en 1958 dans une forme incluant cette fois la clinique de l’adulte, sous le titre définitif : Manuel pratique du test de Rorschach.

C’est également sous la direction de Marguerite Loosli-Usteri qu’est amorcée une adaptation en français de la méthode de Rorschach, avec la collaboration de ses élèves Lili Guggenheim, Elisabeth Ganz, Liza Hirsch-Marquet et Berthe Reymond-Rivier.

En parallèle et à la même époque, le neurophysiologiste et neurologue suisse Marcel Monnier (1907-1996), formé à Genève et à Zurich (à la clinique du Burghölzli), et initié au Rorschach par Marguerite Loosli-Usteri, publie en mars et avril 1934 dans la revue médicale L’Encéphale deux longs articles sur le Rorschach. Il y présente de façon très complète « le test psychologique de Rorschach », ainsi que les travaux (suisses et allemands) publiés jusqu’alors. Ces deux articles constituent un autre essai notable d’adaptation du Rorschach en langue française, auprès des travaux de M. Loosli-Usteri. L’auteur reviendra sur le test de Rorschach en 1938, dans un autre article où il critiquera les bases typologiques de la méthode, pour en défendre un usage plus « phénoménologique » (clinique). [17]

Présidente du Premier Congrès International du Rorschach à Zurich en 1949, Marguerite Loosli-Usteri sera aussi la première présidente de la Société Internationale du Rorschach en 1952, jusqu’à sa mort en 1958.

A sa suite, Liza Hirsch-Marquet poursuivra l’enseignement du Rorschach à Genève à partir de 1960, dans le cadre de la Clinique et de la Polyclinique Psychiatrique de Bel-Air.

C’est en grande partie à Marguerite Loosli-Usteri que nous devons le premier pont solide entre les auteurs suisses de langue allemande, qu’elle cite abondamment dans son « manuel », et le monde francophone ; mais aussi la diffusion directe du test en France, à travers ses élèves Nella Canivet, Nadine Suarès, puis André Ombredane.

États-Unis

Diffusion

Le premier texte de Hermann Rorschach traduit en anglais est sa conférence de 1922, publiée dès 1924 dans le Journal of Nervous and Mental Diseases, traduite par David Levy. Son ouvrage Psychodiagnostik ne paraîtra en anglais qu’en 1942, aux éditions Hans Huber de Berne, dans une traduction de Paul Lemkau et Bernard Kronenberg d’après la seconde édition en allemand de 1932. Sous le titre Psychodiagnostics – A Diagnostic test based on perception, le volume inclut la conférence de Rorschach publiée par Oberholzer et une brève notice biographique introductive sur Hermann Rorschach par Walter Morgenthaler. [18] Entre-temps, quelques traductions non officielles du Psychodiagnostik en anglais ont circulé dans les milieux spécialisés. Mais bien avant la publication de 1942, le test de Rorschach est déjà riche d’une longue histoire sur le sol nord-américain.

En 1923, David Mordecai Levy (1892-1977), psychiatre et psychanalyste, dirige le Juvenile Psychopathic Institute de Chicago, première clinique de guidance infantile créée aux Etats-Unis en 1909. A l’occasion d’une année de formation à la psychanalyse d’enfants en Suisse, il rencontre Emil Oberholzer, qui lui fait connaître le test de Rorschach. A son retour aux Etats-Unis en 1924, David Levy devient directeur du service de psychiatrie du Michael Reese Hospital de Chicago. Il utilise le test de Rorschach dans sa pratique médicale au « Michael Reese », mais aussi à l’Institute of Juvenile Research (qui fait partie de l’Illinois Department of Criminology) et en cabinet privé. Outre sa publication en anglais de la conférence de Rorschach, David Levy organise le premier séminaire de formation au Rorschach aux Etats-Unis et commence à enseigner le test. A la fin de 1927, de retour d’un nouveau séjour en Suisse pour se perfectionner dans la méthode de Rorschach, David Levy prend la direction du New York Institute for Child Guidance, où il rencontre un ancien étudiant de Harvard, Samuel Beck, qu’il encourage à étudier le test de Rorschach.

Samuel Jacob Beck (1896-1980) est d’origine roumaine, immigré aux Etats-Unis, où sa famille s’est installée à Cleveland (Ohio) en 1903. A partir de 1930, il publie les premiers articles américains sur le test de Rorschach, présente la première thèse de doctorat soutenue aux Etats-Unis sur le Rorschach (à l’Université Columbia de New York, en 1932), et publie avec David Levy un article sur le Rorschach dans les psychoses maniaco-dépressives (1934). Après un séjour en Suisse où il poursuit ses recherches auprès d’Emil Oberholzer à Zurich en 1934 35, Samuel Beck revient aux Etats-Unis, où il reprend une activité de chercheur, entamée dès le début des années 30, au laboratoire de psychologie du Boston Psychopathic Hospital.

Une autre personnalité majeure va marquer durablement l’essor du test de Rorschach aux Etats-Unis. Psychologue allemand diplômé de l’université de Münich en 1923, Bruno Klopfer (1900-1971) a travaillé durant plus d’une dizaine d’années dans un centre de guidance infantile à Berlin. Il a reçu une solide formation en psychanalyse et en phénoménologie. D’origine juive, Klopfer choisit de quitter l’Allemagne avec sa famille en 1933. Grâce à l’aide de C.G. Jung, il parvient à gagner la Suisse, où il trouve un emploi à l’Institut Psychotechnique de Zurich. L’une des assistantes de l’Institut, Alice Grarbarski, lui enseigne le Rorschach, qu’il utilise dans les examens psychotechniques qui y sont pratiqués. Immigré aux Etats-Unis en 1934, Bruno Klopfer devient l’assistant de Franz Boas (l’un des principaux représentants du culturalisme en anthropologie sociale) à la prestigieuse Université Columbia de New York. Il tente d’y obtenir une chaire de psychologie, mais sa formation psychanalytique et philosophique suscite une résistance de la part d’une université où domine, à l’époque, une approche expérimentaliste et comportementaliste de la psychologie. Klopfer renonce à une carrière académique en psychologie et entreprend une activité indépendante de formateur. A partir de 1936, il organise des séminaires privés où il enseigne le Rorschach à des groupes d’étudiants avancés, et en 1937 obtient un poste de lecturer (maître de conférences) au Centre de Guidance psychologique de Columbia, à New York, tout en continuant ses cours privés. [19] Avec l’aide de quelques-uns de ses élèves, Bruno Klopfer fonde la première revue consacrée au test de Rorschach, le Rorschach Research Exchange (qui deviendra en 1950 le Journal of Projective Techniques and Personality Assessment, puis The Journal of Personality Assessment en 1971). Le premier numéro paraît en 1936 et connaît en une année un développement international. Klopfer crée peu après (1938) le Rorschach Institute, qui propose à des professionnels qualifiés un programme de formation certifiée ; il en tiendra la direction de 1939 à 1947. [20]

A partir de 1937, Samuel Beck et Bruno Klopfer représentent deux tendances différentes et opposées dans le développement du Rorschach aux Etats-Unis. Beck s’en tient strictement à l’héritage de Rorschach et d’Oberholzer, transmis par David Levy, et œuvre à établir une standardisation psychométrique du test, basée sur des expérimentations précises. Klopfer, moins attaché à une tradition académique et à une mesure quantitative, défend une approche holistique et clinique du test, et en propose même des remaniements importants et décisifs. Klopfer apporte divers développements à la méthode de Rorschach, dans la cotation des réponses (différenciation affinée des réponses-forme, des réponses kinesthésiques, des réponses d’estompage) et dans la technique d’administration du test (prise en compte du comportement du sujet en situation d’examen psychologique et de la relation sujet-psychologue, modalités de présentation du test au sujet, enregistrement écrit de l’intégralité de son discours et de son comportement, conduite de l’enquête, méthode de l’enquête analogique, « test aux limites »).

Dans le débat Beck-Klopfer, qui culminera entre 1937 et 1939, se distingueront particulièrement, à travers diverses publications : Gotthard C. Booth, Zygmunt Piotrowski, Manfred Bleuler, Maria Rickers-Ovsiankina, Lawrence K. Frank, Douglas Kelley.

Samuel Beck publie en 1937 la première monographie américaine sur le test de Rorschach : Introduction to the Rorschach Method, éditée par l’American Orthopsychiatric Association. Mais la publication à New York par Bruno Klopfer de son premier ouvrage, The Rorschach Technique (1942), écrit en collaboration avec le psychiatre Douglas McGlashan Kelley (et Helen H. Davidson pour l’édition de 1946) [21] , plus complet que la monographie de Beck, constituera finalement un sérieux avantage pour le système de Bruno Klopfer, dans le sens d’un remarquable enrichissement de la pratique et de la clinique du Rorschach.

A l’écart du débat Beck-Klopfer, Marguerite Rosenberg Hertz (1899-1992) n’a publié que deux ouvrages techniques : des manuels statistiques de cotation du test de Rorschach, en 1936 et 1940. Elle a cependant activement contribué au développement du test aux Etats-Unis par ses nombreux articles méthodologiques et cliniques, publiés entre 1934 et 1951. Docteur en psychologie et chercheur universitaire, elle fera toute sa carrière à la Case Western Reserve University (CWRU), à Cleveland (Ohio). Les travaux de Marguerite Hertz sont, pour la plupart, des études sur la validité du test et des essais de définition de normes de cotation. Mais ce sont aussi des essais sur l’apport clinique du test de Rorschach en psychologie du développement (enfants, adolescents) et en psychopathologie (suicide), sur l’intérêt pratique du test pour l’évaluation pré-thérapeutique, ou encore sur la signification des principaux « déterminants » définis par Rorschach (mouvement, couleur, clair-obscur). Elle est l’un des membres fondateurs du Rorschach Institute (devenu aujourd’hui Society for Personality Assessment, SPA), qu’elle a présidé auprès de Bruno Klopfer en 1940-41.

Enfin, parmi les pionniers américains du Rorschach, citons encore Zygmunt Piotrowski (1904-1985). Psychologue d’origine polonaise, formé à l’université de Poznan (Pologne), Piotrowski est en 1927 docteur en psychologie, histoire, philosophie et logique symbolique. Il émigre aux Etats-Unis en 1928, et devient enseignant et chercheur dans des établissements hospitalo-universitaires, à New York et dans le New Jersey entre 1932 et 1957, puis à Philadelphie à partir de 1957. Spécialisé dans l’étude des troubles psychiques d’origine neurologique et en psychopathologie, il est professeur de psychiatrie et de psychologie au Thomas Jefferson Medical College de Philadelphie (Pennsylvanie), puis au Hahnemann Medical College and Hospital à partir de 1978. Il a présidé le Rorschach Institute en 1941-42.

Comme ceux de Marguerite Hertz, les travaux de Zygmunt Piotrowski sur le Rorschach sont peu connus en France, malgré sa renommée aux Etats-Unis et à l’étranger. [22] Son ouvrage majeur, Perceptanalysis. The Rorschach Method Fundamentally Reworked, Expanded and Systematized (1957), synthèse de ses recherches au titre pourtant attractif, n’a jamais été traduit en français. Dès 1936, Z. Piotrowski publie de très nombreux articles sur la méthode et la théorie du test de Rorschach, et sur son intérêt diagnostique en psychiatrie, optant pour une approche clinique plus proche de Klopfer que de Beck. Il s’intéresse particulièrement à la perception du mouvement, qu’il rappelle comme centrale dans la méthode de Hermann Rorschach, mais aussi aux réponses de clair-obscur et à la valeur diagnostique du T.R.I. (type de résonance intime ou Erlebnistypus). En psychopathologie, Piotrowski a principalement contribué à la clinique Rorschach des troubles neuro-cérébraux, notamment l’épilepsie, et de la schizophrénie. Outre ses propres travaux, Zygmunt Piotrowski a accompagné, par ses analyses et réflexions critiques, les nombreux débats sur le test de Rorschach aux Etats-Unis durant quatre décennies, depuis les années 30 jusque dans les années 70.

C’est également aux Etats-Unis que se développent les premières études utilisant le test de Rorschach en anthropologie sociale, marquée, à cette époque, par le culturalisme. C’est à Manfred Bleuler (1903-1994) qu’en revient l’initiative. Médecin psychiatre comme son père Eugen Bleuler, il est, avec David Levy, l’un des premiers à importer le test de Rorschach aux Etats-Unis, où il est médecin-résident au Boston Psychopathic Hospital en 1927-28. Au début des années 30, Manfred Bleuler publie trois articles sur le rapport entre hérédité et environnement et son rôle dans la structuration de la personnalité (concept encore récent dans la psychologie de l’époque). C’est au cours d’un séjour au Maroc avec son frère Richard Bleuler, ingénieur agronome, qu’il expérimente le test de Rorschach sur 29 agriculteurs marocains. Les deux frères publient en 1935 le premier article d’anthropologie fondée sur le test de Rorschach : Rorschach’s Ink Blot Test and Racial Psychology. Mental Peculiarities of Morrocans, dans lequel ils tentent de dégager les spécificités culturelles de la population étudiée au moyen du test de Rorschach, mais aussi de définir les principes d’une approche psychologique non évolutionniste en anthropologie.

Dans les années 1930-40, parmi les pionniers américains dans la même voie, se distinguent : Cora Du Bois, A. Irving Hallowell, Philip Cook, Theodora Mead Abel. Leurs travaux favoriseront des interactions, directes ou indirectes, entre anthropologues et psychologues (en l’occurrence, des spécialistes éminents du test de Rorschach) : Abraham Kardiner, Ruth Benedict et Emil Oberholzer (émigré aux Etats-Unis en 1938) pour Cora Du Bois ; Margaret Mead et Zygmunt Piotrowski pour Theodora M. Abel. Outre leur apport aux recherches culturalistes, ces essais ont ouvert le débat, encore actif, sur la sensibilité du test de Rorschach aux aspects culturels de la personnalité et sur son universalité en tant que méthode de test psychologique.

Expansion

A la fin des années 40, paraîtront aux Etats-Unis deux ouvrages majeurs sur le test de Rorschach. Samuel Beck publie en 1944 et 1945, en deux volumes, une version remaniée et augmentée de son premier manuel (un 3e volume paraîtra en 1952). Par ailleurs, David Rapaport publie, avec Merton Gill et Roy Schafer, la première édition de son livre Diagnostic Psychological Testing (1945), dans lequel le test de Rorschach tient une large place.

Né à Budapest en Hongrie, David Rapaport (1911-1960) obtient son doctorat en psychologie et en philosophie à Budapest en 1938. Il a étudié le Rorschach auprès du psychologue et universitaire hongrois Pál Harkai Schiller (Paul von Schiller). Il est également psychanalyste. A la fin de 1938 Rapaport émigre aux Etats-Unis, où il travaille d’abord comme psychologue au Mont Sinai Hospital (New York), puis à l’Osawatomie State Hospital (Kansas), avant d’intégrer en 1940 la Menninger Clinic de Topeka (Kansas), qui inclut un centre de formation pour psychiatres et psychologues. Il y exerce, jusqu’en 1948, les fonctions de psychologue en chef et de directeur de recherche, avant de poursuivre sa carrière à l’Austin Riggs Center (Stockbridge, Massachusetts).

Afin d’étudier et d’évaluer les troubles de la pensée, considérée comme une dimension de la personnalité, David Rapaport associe, dans l’examen psychologique : le test de Rorschach, le Thematic Apperception Test (T.A.T.) de Morgan et Murray, et l’Echelle d’intelligence de Wechsler (WAIS). Les trois méthodes sont utilisées et interprétées selon le même référentiel théorique, en l’occurrence : une conception psychanalytique de la personnalité. [23] Rapaport introduit ainsi dans le diagnostic psychologique en général (y compris pour un test d’intelligence comme la WAIS), et dans le test de Rorschach en particulier, une perspective psychanalytique systématisée. Les travaux de Rapaport et de ses continuateurs (Roy Schafer, Robert Holt) influenceront l’approche psychanalytique du test de Rorschach en France à partir des années 60 et en Suisse romande dans les années 1980.

Des principaux manuels américains publiés entre 1937 et 1946, seuls seront traduits en français celui de Samuel Beck (par Didier Anzieu et Anne-Marie Touzard, en 1967) et celui de deux psychologues new-yorkaises, Ruth Bochner et Florence Halpern (1942), traduit par André Ombredane et G.-J. Verdeaux en 1948 sous le titre L’Application clinique du test de Rorschach. On trouvera aussi une contribution de Samuel Beck dans l’ouvrage sur les méthodes projectives publié aux Etats-Unis par Harold Anderson et Gladys Anderson en 1951, traduit en français par Roger Mucchielli (1965).

Les années 50 sont un âge d’or pour les méthodes projectives aux Etats-Unis, et particulièrement pour le Rorschach. En 1942 (soit trois ans après sa création), le Rorschach Institute fondé par Klopfer compte déjà plus d’une centaine de membres, qui contribuent activement à la diffusion du Rorschach dans divers séminaires de formation, le plus souvent non universitaires, partout dans le pays. Le Rorschach Institute comptera plus de 800 membres à la fin des années 60. En 1959, le test de Rorschach est la méthode de test clinique la plus utilisée aux Etats-Unis. Et il est devenu, dans la pratique comme dans la recherche, une méthode psychologique, une méthode « de » psychologues, et plus seulement médicale et psychiatrique.

Outre les travaux précédemment cités, de très nombreux articles et plusieurs ouvrages sur le test de Rorschach sont publiés aux Etats-Unis dans les années 50 et 60 par : Joseph Zubin, Morris Krugman, Ernest Schachtel, Walter Klopfer (fils de Bruno Klopfer), Earl Baughman, Leslie Phillips, Robert Allen, Roy Schafer, Robert Holt, Maria Rickers-Ovsiankina, Louise Ames, John Exner Jr., Irving Weiner, Robert McCully, Stanley Stark…

France

Les pionniers

Comme pour les Etats-Unis, le test de Rorschach s’est introduit en France par des voies différentes.

Dès 1923, de retour à Paris d’une visite à Zurich, Eugène Minkowski [Eugeniusz Minkowski] (1885-1972) essaie d’introduire le test de Rorschach dans le service du Professeur Henri Claude à l’hôpital Sainte-Anne, sans succès. Dans les années 30, quelques conférences et essais d’application du Rorschach commencent à faire connaître la méthode en France. En 1935, Henri Piéron demande à l’un de ses collègues de parler du Rorschach dans un cours à l’Institut de Psychologie de Paris, et en 1936 le neurologue suisse Marcel Monnier présente une conférence sur le Rorschach à la Salpêtrière.

A la même époque (1934-39), une autre élève de M. Loosli-Usteri, Nella Canivet (1893-1968), est l’assistante d’André Ombredane (1898-1958), directeur du Centre d’Etudes et de Recherches Psychotechniques (C.E.R.P.), rattaché au ministère du Travail. Nella Canivet est diplômée de l’Institut Jean-Jacques Rousseau à Genève (1931). Avant sa venue à Paris, elle a été l’assistante du professeur Léon Walther, spécialisé en psychologie du travail et directeur de l’Institut de Psychotechnique de Genève. L’une des collègues de Nella Canivet au C.E.R.P., Nadine Suarès (elle aussi formée à Genève), persuade André Ombredane de l’intérêt de la méthode de Rorschach. Ombredane rencontre Marguerite Loosli-Usteri en Suisse, qui l’initie au Rorschach à son tour.

C’est à A. Ombredane et N. Canivet que l’on doit la mise au point de la nomenclature française du Rorschach, qu’André Ombredane fera connaître dans l’Introduction à sa traduction du Psychodiagnostic de Rorschach en 1947 (avec Augustine Landau et sous la supervision de Cécile Beizmann) et dans l’Avant-propos de sa traduction (avec Jacqueline Verdeaux) du manuel de Bochner et Halpern en 1948. Cette nomenclature intègre les apports à la fois des auteurs suisses et du système de Klopfer, et reste encore aujourd’hui à la base des pratiques françaises du Rorschach. Tout au long de ce travail de traduction et d’adaptation, André Ombredane ne cite à aucun moment les travaux antérieurs de Marcel Monnier, qu’il semble avoir ignorés. [24]

Quant à Nella Canivet, outre son travail de formatrice au test de Rorschach et sa publication d’un Manuel sur le dépouillement du test de Rorschach (1954), ses travaux de recherche ont surtout porté sur l’interprétation du psychogramme pour le diagnostic de la personnalité. Plusieurs d’entre eux ont été réalisés en collaboration avec le Dr André Morali-Daninos. Ensemble, ils ont également travaillé et développé en France le Test Z de Hans Zulliger.

Parallèlement aux travaux du C.E.R.P., Cécile Beizmann (1904-1989), psychologue d’abord engagée dans des recherches biotypologiques auprès du Pr Ernest Schreider, s’initie au Rorschach à Paris. Immigrée russe (elle est née en Sibérie), elle travaille à l’époque sur des collectivités d’enfants. Elle se perfectionne dans le maniement du Rorschach dans les séminaires de J.D. Benjamin, psychothérapeute d’enfants, réfugiée allemande. En 1937, Cécile Beizmann devient assistante au Laboratoire de Psychobiologie de l’Enfant (Ecole Pratique des Hautes Etudes) dirigé par le Pr Henri Wallon. Elle y entame une longue activité de consultation et de recherche, dans laquelle Wallon lui demande d’utiliser systématiquement le Rorschach.

Devenue chargée de recherche au C.N.R.S. en 1950 [25], Cécile Beizmann publie de nombreux travaux sur le Rorschach, dont Le Rorschach de l’enfant de 3 à 10 ans : étude clinique et génétique de la perception enfantine en 1961, premier ouvrage français sur le Rorschach d’enfants (préfacé par Henri Wallon). D’abord conçu comme un manuel du Rorschach adapté à l’examen des jeunes enfants, l’ouvrage sera ensuite complété et réédité sous le titre Le Rorschach de l’enfant à l’adulte : étude génétique et clinique (1974).

C’est également à Cécile Beizmann que nous devons le premier Livret de cotation des formes dans le Rorschach (1966), préfacé par Didier Anzieu, traduit en plusieurs langues, et encore très utilisé de nos jours. Malgré le titre apparemment restrictif centré sur le déterminant formel (F), l’ouvrage est en fait, pour chaque planche du test, un atlas des localisations des réponses et un répertoire-guide de la qualité du déterminant formel, « d’après une compilation des cotations de H. Rorschach, S. Beck, C. Beizmann et M. Loosli-Usteri » (comme l’indique le sous-titre du manuel), le tout classé par catégories de contenu. C. Beizmann est également l’auteur du Manuel de la Fiche de dépouillement du test de Rorschach (1966), accompagnant la fiche du même nom publiée par Gérard Gatier (1965).

Une troisième personnalité majeure domine les premiers temps du Rorschach en France : Françoise Minkowska [Franziska Minkowska-Brokman] (1882-1950). D’origine polonaise, elle a suivi des études de médecine à Berne puis à Zurich, à l’hôpital psychiatrique du Burghölzli alors dirigé par Eugen Bleuler. Elle obtient son doctorat en 1909, qu’elle complète par un doctorat d’Etat obtenu en Russie. Revenue à Zurich en 1912, Françoise Minkowska obtient au Burghölzli [26] un poste d’assistante auprès d’Eugen Bleuler, qui lui confie un premier travail de recherche sur la schizophrénie. En 1913 elle épouse Eugène Minkowski, Installé à Munich, le couple revient à Zurich en raison de la guerre, puis émigre en France en 1915.

A partir de 1923, et en marge de tout organisme officiel de recherche, les travaux de Françoise Minkowska porteront principalement sur la « constitution » psychopathologique du point de vue généalogique (étude sur Van Gogh, publiée en 1933), et particulièrement sur les deux grands types glischroïde (épileptoïde) et schizoïde. Elle utilise le test de Rorschach à l’hôpital de Bicêtre en 1938, puis à l’hôpital Sainte-Anne en 1940-42, dans la suite de ses travaux sur l’épilepsie. Dans la perspective phénoméno-structurale initiée en psychopathologie par Eugène Minkowski (La Schizophrénie, 1927), Françoise Minkowska développe un « Rorschach clinique », considéré comme voie d’accès aux mécanismes essentiels de l’épilepsie et de la schizophrénie. Cette approche originale la conduit à mettre particulièrement en valeur les aspects qualitatifs, sémantiques et discursifs, de la réponse Rorschach, à une époque où la cotation et le psychogramme sont encore largement considérés comme l’essentiel de la méthode.

Durant les années 1940, Françoise Minkowska transmet son approche phénoméno-structurale du Rorschach à quelques élèves. Mais son œuvre sera surtout diffusée après sa mort (1950), grâce à la publication, par Eugène Minkowski, de ses écrits sur le Rorschach et sur le dessin enfantin, sous le titre Le Rorschach : à la recherche du monde des formes (1956).

L’enseignement du Rorschach en France

Avec Nella Canivet, Cécile Beizmann, et de façon plus marginale avec Françoise Minkowska, va se mettre en place un enseignement français du Rorschach, et se réaliser, comme aux Etats-Unis, un passage progressif mais assez rapide de la pratique première de ce test par les psychiatres à son appropriation définitive par les psychologues. Tandis que l’enseignement de Nella Canivet trouve ses sources du côté de Loosli-Usteri et de Klopfer, celui de Cécile Beizmann s’appuie sur les travaux de Beck et des auteurs suisses successeurs de Rorschach, conformément aux parcours respectifs, de formation et de recherche, de ces deux pionnières.

En 1949, lors de la Rencontre Internationale Rorschach à Zurich, Nella Canivet, déléguée pour la France, présente une « situation du Rorschach en France » (Canivet, 1952). Elle identifie chez les psychologues français trois tendances : « orthodoxe » (fidèle à « la méthode enseignée par Rorschach lui-même et par ses successeurs suisses ») ; « éclectique » (qui intègre les apports américains, « d’une manière parfois confuse et anarchique ») ; et une tendance « visant à donner au langage la plus grande part, inaugurée par Mme Minkowska ». Nella Canivet constate que l’enseignement du Rorschach est alors en voie d’élaboration, et mentionne trois formations universitaires et des cours privés.

A la Sorbonne, le test de Rorschach est présenté parmi les études de psychologie, sans cours spécifique, et dans des travaux de séminaire dirigés par Daniel Lagache. Nella Canivet propose, dans le cadre du C.E.R.P., un cours organisé sur deux années et complété par des cours privés. Ce cours accueille des étudiants de l’Institut de Psychologie, des médecins et des psychotechniciens, sous condition d’une formation universitaire préalable. Du côté du Laboratoire de Psycho-biologie de l’Enfant, dirigé par Henri Wallon, Cécile Beizmann assure, un séminaire et des cours sur le Rorschach, pour une formation d’une durée de trois années.

Pour ce qui est des cours privés, N. Canivet mentionne sa propre pratique entamée dès 1945. Elle propose des cours privés (en 1949, pour une trentaine d’étudiants débutants et étudiants avancés), et un autre cours « plus poussé, appuyé sur la psychologie analytique, en collaboration avec le Dr Violet ». Est également cité le cours privé de Françoise Minkowska, organisé sur deux années, et qui accueille un public de professionnels variés dont des assistantes sociales et des instituteurs. La méthode enseignée combine le test de Rorschach et le dessin d’enfant, conformément aux travaux de F. Minkowska.

Dans la suite de son bilan de 1949, Nina Canivet répertorie également les applications pratiques actuelles du test de Rorschach : psychiatriques, pédagogiques, psychotechniques. Elle mentionne ainsi plusieurs établissements spécialisés, et fait apercevoir une étendue déjà large du test de Rorschach dans les pratiques institutionnelles françaises, à Paris comme en province, bien qu’avec un succès inégal et dans des conditions de formation ou d’application de qualité très variable.

Trois ans plus tard, en 1952, le même Bulletin du Groupement français du Rorschach, dresse le constat d’un enseignement du Rorschach qui commence à peine à se développer dans les enseignements universitaires.

A l’Institut de Psychologie de l’Université de Paris, Cécile Beizmann a créé, pour l’année 1951-52, un « séminaire d’étude du test de Rorschach », à titre d’enseignement complé-mentaire. Le programme propose l’enseignement de la méthode (12 leçons) et des travaux pratiques (10 leçons). Il est destiné à des étudiants en psychologie et aux médecins, sous condition d’être titulaire d’un diplôme de Psycho-pathologie (sic).

Henri Wallon demande à Cécile Beizmann de former au Rorschach quelques psychologues de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. En parallèle, elle continue à diriger, au Laboratoire de Psycho biologie de l’Enfant, un groupe de recherche réservé aux étudiants utilisant le Rorschach dans leurs travaux de recherche.

Dans le même temps, Didier Anzieu, alors assistant de psychologie à la Faculté des Lettres de l’Université de Paris, organise des groupes de recherche optionnels, théoriques et d’applications pratiques, sur le test de Rorschach.

Hormis ces formations encore marginales en milieu universitaire, le test de Rorschach est principalement enseigné dans des cours privés. Nella Canivet propose une formation très complète, en deux années, pour des petits groupes de 10 à 12 élèves, à raison de trois groupes par an (deux groupes de débutants et un groupe de 2e année). Y sont admis des psychologues diplômés, des étudiants en psychologie avancés, des médecins ou étudiants en médecine (sans indication de prérequis), et des psychotechniciens en exercice. Les cours, hebdomadaires, sont complétés par un cours avec des travaux pratiques, sur le T.A.T. Cet enseignement ne se limite pas à l’analyse des résultats du Rorschach, précise le programme, mais « (les) introduit dans une synthèse de la personnalité ».

Deux autres cours privés sont mentionnés dans le bilan de 1952. Celui du Dr Madeleine Violet-Conil s’adresse à des étudiants et à des psychologues déjà initiés aux principes fondamentaux du test. C’est donc un enseignement d’approfondissement et de perfectionnement, qui inclut le T.A.T., et clairement « centré sur l’utilisation du Rorschach en psycho pathologie et il est fait dans un esprit médical ». Un autre cours privé, dirigé par Eugène Minkowski avec la collaboration du Dr Joseph Fusswerk et de Zéna Helman, initie au Rorschach « classique », « avec les modifications apportées par Mme Minkowska ».

Toujours au début des années 50, plusieurs des élèves de Nella Canivet enseignent le Rorschach dans des séminaires de formation qu’elle coordonne : Didier Anzieu, mais aussi Jacques Perse [27] , auprès des étudiants de psychopathologie de l’adulte, à la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale (Faculté de Médecine de Paris, 1953) ; et Nina Rausch de Traubenberg, auprès des psychologues en stage à la clinique de neuropsychiatrie infantile du professeur Georges Heuyer (1953).

D’autres enseignements se développent en province, notamment avec : Raymond Péchoux (Lyon, Grenoble, Dijon, et les services de Santé de l’Armée) ; Mendel Schachter et Simone Cotte (Marseille) ; Didier Anzieu, Justin Schlegel, Robert Durand de Bousingen (Strasbourg). De son côté, remplacé à la direction du C.E.R.P. par André Morali-Daninos en 1951, André Ombredane continue ses travaux au Laboratoire de la Chaire de Psychologie de l’Université Libre de Bruxelles, où il enseigne le Rorschach et le T.A.T. jusqu’à sa mort en 1958.

Dans cette période d’après-guerre, hormis le cours de la Sorbonne, qui n’est d’ailleurs pas officiel, toutes ces formations s’adressent aussi bien à des psychologues ou des psychotechniciens qu’à des médecins.

Entre 1955 et 1965, les séminaires privés d’initiation au Rorschach tendent à s’institutionnaliser et à se spécialiser pour des psychologues, dans la mouvance historique d’un développement et d’une affirmation de ce métier en France à cette époque, notamment dans le domaine clinique. A partir de 1957, un élève de Nella Canivet, puis Nella Canivet elle-même, enseignent à l’Ecole des Psychologues Praticiens de l’Institut Catholique de Paris. Deux autres de ses élèves, Mireille Monod et Nina Rausch de Traubenberg assurent également des enseignements en province à partir de 1965.

Cet essor se fait en même temps qu’une expansion globale des méthodes projectives en France. En 1964 Didier Anzieu (1923-1999) introduit à l’Université de Nanterre, alors « annexe » universitaire de la Sorbonne, un enseignement de méthodes projectives. Peu auparavant, il a publié le premier ouvrage généraliste francophone en ce domaine (Les méthodes projectives, 1960). Le test de Rorschach y tient la plus large place : 80 pages, plus une étude de cas combinant Rorschach et T.A.T. (31 pages), pour un volume total de 286 pages ! En 1966, Paul Fraisse demande à Nina Rausch de Traubenberg (formée au Rorschach par Nella Canivet) de mettre en place, dans la même université, un « Certificat de Formation aux Techniques Projectives » créé par D. Anzieu. Ce certificat deviendra en 1987 un « Diplôme Universitaire de Psychologie Projective », seul diplôme de ce type existant alors en Europe. C’est également Paul Fraisse qui encourage Nina Rausch, dans les années 60, à rédiger son ouvrage fondateur : La Pratique du Rorschach (1970).

Issue d’une famille noble de « Russes blancs », Nina Rausch de Traubenberg (1920-2013) est née en Finlande, lors de l’exil de sa famille. Après plusieurs années d’errance à travers divers pays d’Europe, sa famille s’installe en France en 1930, à Montauban puis à Paris, où Nina Rausch effectue ses études secondaires. Elle débute dans la psychologie par un poste dans le service psychotechnique des usines Renault. Elle découvre le test de Rorschach auprès de Nella Canivet, dont elle suit durant deux années le cours privé ; y intervient également Madeleine Violet-Conil, psychiatre et psychanalyste, sur les conduites psychopathologiques. [28] Elle y découvre l’approche de Bruno Klopfer mais aussi celle de Françoise Minkowska. Ayant enfin obtenu la nationalité française en 1947, Nina Rausch de Traubenberg débute en tant que psychologue à l’Hôpital Necker, dans le service de Georges Heuyer, fondateur de la pédopsychiatrie française avant la Première Guerre mondiale et professeur à la faculté de Médecine de Paris.

En 1951, Heuyer propose à Nina Rausch une bourse octroyée par l’O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé) pour un séjour de recherche aux Etats-Unis. Elle y visite plusieurs institutions spécialisées et y effectue quelques stages, avec un intérêt particulier pour les conceptions et les pratiques nord-américaines du Rorschach. Elle rencontre Zygmunt Piotrowski, Marguerite Hertz, et l’équipe de la Menninger Clinic (où a récemment travaillé Roy Schafer) dont elle gardera une empreinte conséquente. [29]

De retour en France, et après quelques années encore de pratique de psychologue spécialisée en psychopathologie infanto-juvénile, de cours privés donnés sur le test de Rorschach, d’une vingtaine de publications scientifiques à partir de 1953, et une thèse de doctorat de 3e cycle en psychologie soutenue en 1965, Nina Rausch de Traubenberg entame sa carrière universitaire en 1967, à l’Institut de Psychologie de Paris. Maître assistant en psychologie, elle y est chargée d’assurer des travaux dirigés sur le test de Rorschach sous la direction de Didier Anzieu. Ce poste l’amène à participer aux recherches de l’équipe médicale de la Clinique de Psychiatrie Infantile de l’Hôpital de la Salpêtrière. C’est en 1981 qu’elle soutient une thèse de doctorat en psychologie, dirigée par Didier Anzieu, sous le titre Activité perceptive et activité fantasmatique dans les Rorschach d’enfants et d’adolescents. A cette époque, Nina Rausch de Traubenberg est déjà reconnue comme l’une des figures majeures de la clinique du Rorschach et, plus largement, du diagnostic psychologique clinique d’orientation psychanalytique, en France et dans la communauté internationale.

Le Groupement Français du Rorschach

L’institutionnalisation des pratiques et recherches projectives en France ne se manifeste pas seulement par leur introduction dans les formations universitaires.

A partir de 1950, et sur la recommandation de Henri Wallon, les travaux de Cécile Beizmann sont reconnus et financés par le C.N.R.S. (Centre National de la Recherche Scientifique). Mais il se forme aussi des groupements indépendants de recherche. Dans le domaine du Rorschach, ce sont essentiellement : le Groupement français du Rorschach, constitué en mars 1950 après la Rencontre Internationale Rorschach à Zurich en août 1949 ; et le Groupe Françoise Minkowska, réuni autour d’Eugène Minkowski après la mort de Françoise Minkowska en novembre 1950.

D’abord présidé par Daniel Lagache (1950-54), le Groupement français du Rorschach participe activement au Premier Congrès de Psychiatrie (Paris, 1950) et aux Congrès Internationaux du Rorschach de Berne (1952), Rome (1956), Bruxelles (1958), Fribourg-en-Brisgau (1961). Le Groupement français accueille finalement le VIe Congrès International du Rorschach à Paris en 1965.

Le Groupement français du Rorschach se dotera assez tôt d’une revue, diffusant ainsi de nombreux travaux. En 1952 paraît le premier numéro du Bulletin du Groupement français du Rorschach, qui deviendra ensuite le Bulletin de la Société française du Rorschach et des Méthodes projectives lorsque le groupe changera de nom en avril 1962, intégrant plus largement d’autres méthodes que le seul test de Rorschach.

Entre 1952 et 1970, on trouve dans le Bulletin les signatures des premiers spécialistes français du Rorschach et de leurs élèves (médecins et psychologues, et toutes tendances confondues) : Nella Canivet, Cécile Beizmann, André Morali-Daninos, Madeleine Violet-Conil, Renée Stora, Zéna Helman, Mendel Schachter, Simone Cotte, Georgette Ganidel, Raymond Péchoux, Jean Dublineau, Francine Cerf, Nina Rausch de Traubenberg, Myriam Orr, Mireille Monod, Marie-Thérèse Mazerol, Robert Durand de Bousingen, Meyer Timsit, Justin Schlegel, André Bolzinger, Robert-Michel Palem... Quelques noms prestigieux, de renommée internationale, viennent également apporter leur contribution au Bulletin  : Eugène Minkowski, Zygmunt Piotrowski, Fritz Salomon, Daniel Lagache.

A partir de 1970, la publication du Bulletin de la Société française du Rorschach et des Méthodes projectives se ralentit sensiblement : 25 numéros parus entre 1952 et 1970, contre seulement 8 entre 1970 et 1986. Devenue le Bulletin de la Société du Rorschach et des Méthodes projectives de Langue française en 1990 (conformément au nouveau nom, plus international, de la Société), la revue connaît un nouvel et dernier essor (5 numéros parus entre 1990 et 1994).

Le Bulletin est publié avec le concours du C.N.R.S. entre 1964 et 1974 (du n° 17-18 au n° 28 inclus), et plus épisodiquement avec l’aide du Ministère de la Santé (n° 32, 1981).

Le n° 38 (daté de 1994, mais distribué en mars 1995) termine la longue série du Bulletin. Le relais en est aussitôt repris, à partir du printemps 1995, par une revue semestrielle, avec un comité de lecture élargi (international), intitulée Psychologie Clinique et Projective – Revue de la Société du Rorschach et des Méthodes projectives de Langue française, publiée avec le soutien du Laboratoire de Psychologie clinique de l’Université Paris 5. D’abord confiée aux éditions Dunod en 1995 et 1996 (4 numéros), cette nouvelle revue est ensuite directement administrée par la Société du Rorschach et des Méthodes Projectives de Langue française à partir de 1997, à raison d’un numéro thématique par an. Elle est désormais publiée par les éditions Erès.

D’autres revues francophones spécialisées (psychologie, psychiatrie, médecine) publient les travaux des membres de la Société du Rorschach, souvent à la suite des colloques qu’elle organise ou des Congrès internationaux du Rorschach.

Quant aux Cahiers du Groupe Françoise Minkowska, ils sont publiés par numéros annuels entre juillet 1958 et décembre 1965 (7 numéros parus), sous la direction d’Eugène Minkowski et Zéna Helman. Plus spécialisés, ils restent fidèles à l’esprit des travaux de Minkowska et presque exclusivement rédigés par ses disciples : Zéna Helman, Denise Osson, Georgette Ganidel, Yvonne Rispal, S.L. Guiton, Michel Lefetz...

Simultanément à cet essor institutionnel d’ensemble du Rorschach et des méthodes projectives en France entre 1945 et 1970, paraissent au cours de cette même période plusieurs ouvrages français consacrés au Rorschach. Outre les titres déjà cités et l’édition définitive du manuel de Marguerite Loosli-Usteri (en 1965), paraissent aussi :

  • Le test de Rorschach et la personnalité épileptique (Jean Delay, Pierre Pichot, Thérèse Lempérière, Jacques Perse, 1955)
  • Le test de Rorschach et l’imago maternelle (Myriam Orr, 1958, 1969)
  • Rorschach et électro-encéphalogramme chez l’enfant épileptique (Zéna Helman, 1959)
  • La dynamique du Rorschach (Roger Mucchielli, 1968)
  • Le Rorschach des schizophrènes (Robert-Michel Palem, 1969)
  • ... auxquels il faut ajouter Le psychopathe délinquant. Etude expérimentale à travers le Rorschach (1968), du médecin psychiatre belge Léon Cassiers.

EN COMPLÉMENT À L’HISTOIRE DU RORSCHACH

Autres méthodes de type Rorschach

Le test de Rorschach a fait l’objet de nombreuses variantes quant à ses consignes et son usage : Rorschach collectif, de groupe, de couple, à choix multiple, graphique, narratif, etc. – sans compter diverses variations expérimentales. Mais il a servi aussi de prototype à d’autres méthodes de test psychologique à base de taches à interpréter.

Le Behn-Rorschach

Le test de Behn-Rorschach (ou Be-Ro) est sans doute la méthode la plus proche de celle de Rorschach.

Le matériel en est constitué par une série de dix planches, réalisées par Hans Behn-Eschenburg et Hermann Rorschach à l’époque où celui-ci avait confié ses planches d’origine à l’éditeur de sa méthode (1920-21). Elles sont conçues comme une série parallèle à celle de Rorschach. La structure générale de la série est d’ailleurs très proche de celle des planches du Rorschach : non seulement l’ordre des planches est le même (1 planche noire, 2 en noir et rouge, 4 en noir, 3 en couleurs), mais la forme des taches est également assez semblable.

Le test Be-Ro n’a été publié qu’en 1941, par Hans Zulliger (manuel non traduit en français), complété par d’autres ouvrages et articles publiés par le même auteur dans les années 1950. Le Be-Ro n’a connu que peu de développement en France, malgré quelques essais d’introduction et de comparaison entre le test de Rorschach et le Behn-Rorschach, publiés par Renée Stora et Jacqueline Stora (1949), Fritz Salomon (1954) ou Mara Mareschi et Bruno Poggiali (1964).

Le Test Symbolique de Roemer

On se rappelle que Georg Roemer fut l’un des premiers compagnons de Rorschach à l’époque où celui-ci mettait au point son test. Encouragé par Rorschach lui-même, il réalisa dès 1919 des séries de taches parallèles à celle de Rorschach, afin de favoriser une plus grande variété de réponses.

Dans un article qu’il publia en 1967, Roemer raconte ses échanges avec Hermann Rorschach sur l’intérêt de compléter l’analyse formelle des réponses par une analyse symbolique de leur contenu. Il y présente surtout l’analyse de deux cas, dont celui de Rorschach lui-même qui accepta de répondre aux planches de Roemer durant l’automne 1921. La méthode d’interprétation de Roemer paraît très intuitive, uniquement centrée sur le climat et le contenu des réponses, et se révèle en définitive beaucoup moins systématisée que celle de Rorschach lui-même.

L’article de Roemer inclut la reproduction de ses planches, au nombre de huit (trois en noir, cinq en couleurs). Il semble que l’auteur ait publié son test sous le nom de « Test Symbolique » (der Symboltest) en 1938, mais cette méthode est restée peu connue.

Le Fuchs-Rorschach

Autre série parallèle éditée en 1958, le test de Fuchs-Rorschach (ou Fu-Ro) a été présenté par son inventeur, la psychologue allemande Christel Drey-Fuchs, au IVe Congrès International du Rorschach à Bruxelles la même année. Là encore, le modèle de la série de Rorschach est évidemment prégnant, avec toutefois des coloris plus soutenus dans les planches-couleur et des tons plus contrastés dans les planches en noir.

Pas plus que le Behn-Rorschach, le Fuchs-Rorschach n’a été beaucoup diffusé en-dehors des pays germaniques.

Le test de Holtzman

Plus original, le test de Holtzman a été publié aux Etats-Unis en 1961, par Wayne H. Holtzman et coll.

L’intention de départ est de construire un instrument de type Rorschach qui permette une exploitation psychométrique. La cotation des réponses se fait à partir d’un ensemble de vingt-deux variables, qui sont autant des variables formelles (temps de réponse, localisation, précision de la forme, mouvement, détail blanc...) que des variables caractérologiques ou pathognomoniques (anxiété, hostilité, logique autistique...). Ces variables intègrent, de plus, l’indice Barrière-Pénétration de Fisher et Cleveland (1958).

Le matériel est composé de deux séries parallèles (A et B) de 45 planches, auxquelles s’ajoutent pour chacune des deux séries deux planches d’essai X et Y. Afin de faciliter la cotation, on demande au sujet de ne donner qu’une seule réponse par planche, avec une enquête brève, standardisée après chaque réponse.

Enfin, les planches ont la particularité de ne pas être toutes construites de la même manière. La symétrie n’y est pas toujours verticale comme dans le Rorschach classique – mais parfois horizontale voire oblique, et quelques planches ne présentent même aucune symétrie ou seulement une symétrie partielle. Les coloris sont très variés, généralement assez atténués. Certaines planches sont monochromes.

Malgré de nombreuses études et expériences aux Etats-Unis, le test de Holtzman a été publié en France dès 1963 sans grand succès.

Le test Z

Le test Z de Hans Zulliger (1945, 1955) est également une variante du Rorschach conçue pour en faciliter l’usage et l’exploitation. En l’occurrence, il s’agissait d’une administration collective pour les besoins du Service Psychotechnique de l’armée suisse en 1942. Le matériel s’est ainsi trouvé réduit à trois planches spéciales, présentées sous la forme de diapositives. La planche I favorise surtout les réponses-forme et les réponses clair-obscur, la planche II les réponses-couleur, et la planche III les réponses kinesthésiques. Les sujets, réunis en groupe, ont à répondre individuellement par écrit.

La cotation et l’interprétation des réponses sont identiques à celles de la méthode de Rorschach, avec toutefois le souci d’obtenir un profil caractérologique sommaire plutôt qu’une analyse fouillée puisqu’il s’agit d’un test de dépistage.

Le test Z a été largement diffusé en Europe et aux Etats-Unis. En France, il a été étudié et présenté par André Morali-Daninos et Nella Canivet (1955).

Hans Zulliger a également publié en 1951 les trois taches de son test sous la forme de planches pour l’examen individuel (Zulliger, 1954).

Autres méthodes

  • Le test des Nuages (ou Nuages de Stern), publié en Allemagne par William Stern et son élève Karl Struve en 1938.
  • Le test de Harrower-Erickson (Etats-Unis, 1945).
  • Le test de Howard (Canada, 1953).
  • Le test Kasaguchi-Rorschach (Ka-Ro) : série parallèle très fidèle au Rorschach, mise au point en 1963 par le psychologue japonais Yasufumi Kasaguchi et publiée en 1970 (Schachter, 1967 ; Cotte, 1970).
  • La série parallèle de la Scuola Romana Rorschach, publiée en 1990 en Italie par Salvatore Parisi et Patrizia Pes (Parisi, 1993).

A suivre dans « Histoire et actualité du test de Rorschach – Deuxième Partie »
LES SYSTÈMES RORSCHACH : Modèles interprétatifs et tendances contemporaines.
...Article à venir ... (le lien suivant ne fonctionne pas encore actuellement : Lien vers texte « Deuxième Partie »)

BIBLIOGRAPHIE de la Première Partie

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  • Psychologie Clinique et Projective – Revue de la Société du Rorschach et des Méthodes Projectives de Langue française, depuis 1995.
  • Rorschachiana – Online Version  : http://econtent.hogrefe.com/loi/ror
  • Rorschachiana – Yearbook of the International Rorschach Society, depuis 1993.

Autres méthodes de type Rorschach

  • Cotte S. (1967). Le test de Ka-Ro, Bulletin de la Société française du Rorschach et des Méthodes projectives, n° 21, 63-64.
  • Cotte S. (1970). Note sur le test de Kasaguchi-Rorschach (dit test de Ka-Ro), Bull. Soc. fr. Rorschach et Méth. Proj., 25, 127-130.
  • Drey-Fuchs C. (1958). Der Fuchs-Rorschach-Test (Fu-Ro-Test). Einführung in die Technik des Versuchs, Göttingen, Hogrefe Verlag, 65 p.
  • Holtzman W., Iscoe I., Calvin A.D. (1961). Inkblot Perception and Personality : Holtzman Inkblot Technique, Austin (Texas), University Texas Press – trad. fr. : Technique des taches d’encre de Holtzman. Guide pour l’administration et la cotation, Paris, Editions du Centre de Psychologie Appliquée (ECPA), 1963.
  • Morali-Daninos A., Canivet N. (1955). La technique du test Z, Paris, Editions du Centre de Psychologie Appliquée (ECPA).
  • Parisi S. (1993). The Parallel Inkblot Plates developed by S. Parisi and P. Pes, Rorschachiana - Yearbook of the International Rorschach Society, 18, 58-67.
  • Roemer G. (1967). The Rorschach and Roemer symbol test series, J. Nerv. & Ment. Disease, 144, 3, 185-197.
  • Schachter M. (1967). Le Rorschach et le Kataguchi-Rorschach (ou Ka-Ro). Contribution à l’utilisation des « séries parallèles » au test de Rorschach, Neuropsichiatria, 23, 463-477.
  • Zulliger H. (1941). Einführung in den Behn-Rorschach-Test, Bern, Hans Huber.
  • Zulliger H. (1945, 1955). Le test Z collectif. Test de type Rorschach pour l’exploration psychologique de groupe, trad. fr., Bern-Stuttgart, Hans Huber, 1957.
  • Zulliger H. (1954). Le test Z individuel. Une méthode de type Rorschach abrégée pour examens individuels, trad. fr., Paris, P.U.F., 1959.

[1F. Dachet, Le métier de psychologue, in : Marc Guillaume (dir.), L’état des sciences sociales en France, Paris, La Découverte, 1986, p. 374-379.

[2Actuellement en France cinq revues de psychologie publient régulièrement des études de psychologie projective : le Bulletin de Psychologie ; Psychologie française ; la Revue de Psychologie Appliquée (devenue en 1991 la Revue Européenne de Psychologie appliquée / European Review of Applied Psychology) ; Psychologie Médicale ; le Bulletin du Groupement français du Rorschach, devenu Bulletin de la Société française du Rorschach et des Méthodes projectives, puis Bulletin de la Société du Rorschach et des Méthodes Projectives de Langue française, lui-même relayé depuis 1995 par la revue semestrielle Psychologie Clinique et Projective. D’autres revues seraient à mentionner, par exemple : Psychiatrie française ; Psychologie & Education ; Psychologie clinique.

[3Nous étudierons ultérieurement et plus en détail les différents courants et travaux développés sur le test de Rorschach jusqu’à nos jours (voir Deuxième Partie et Troisième Partie de cette étude). Nous choisissons ici la date de 1970, car c’est celle de la publication de La Pratique du Rorschach, premier manuel français complet, par Nina Rausch de Traubenberg ; et aux Etats-Unis, le début de l’élaboration de son Système Compréhensif par John Exner Jr.

[4In : Zeitschrift für die gesammte Neurologie und Psychiatrie, 13, 1912, 357–400.

[5Le néologisme Klecksographie (de l’allemand Klecks  : « goutte », « pâté d’encre ») est dû à Justinius Kerner (1786-1862). Poète, médecin et auteur de travaux médicaux, Kerner illustrait ses textes poétiques de taches d’encre réalisées au hasard et transformées en figures de fantaisie. Il est l’auteur de l’ouvrage de poésie Klecksographien (1857). Dans les années 1890, après la publication intégrale des dessins de J. Kerner, la méthode des taches d’encre a été reprise par d’autres artistes et utilisée en psychologie : en France, par Alfred Binet et Victor Henri (1895-96) ; aux Etats-Unis, par George Dearborn (1897-98), Stella E. Sharp (1899), E.A. Kirkpatrick (1900), Guy M. Whipple (inventeur du « Test 45 », un test de taches d’encre publié en 1910), William H. Pyle (1913) ; en Russie, par Theodor Rybakov (1910) ; en Grande-Bretagne, par Cicely J. Parsons (1917). Voir : Krugman (1938) ; Ellenberger (1954) ; Gamboni (2012).

[6Quelques mois avant la parution de son livre, Rorschach publie un court article où il évoque sa méthode de test, sans la décrire : « Über en wahrnehmungsdagnostisches Experiment » (Sur une expérience de diagnostic par les perceptions), Schweiz. Arch Neur. Psychiat., 6, 1920, 360 361.

[7Après la disparition de Rorschach, George Roemer reprendra le principe d’un matériel de taches d’encre et développera une méthode de test centrée sur l’interprétation symbolique des réponses (der Symboltest, 1938).

[8Malgré cette résistance première, le test de Rorschach fera l’objet, en Allemagne, de nombreux travaux de vérification de sa validité diagnostique et de théorisation des mécanismes psychiques qu’il sollicite. Dans les années 1940, il est particulièrement travaillé à Fribourg-en-Brisgau et à Tübingen, mais aussi à Cologne et à Bonn. Voir : Hiltmann, Friedman (1950).

[9On trouvera la liste des publications de ces auteurs et des suivants à la fin du livre de Rorschach Psychodiagnostic (p. 311-461 de la traduction française). Voir aussi les notices biographiques proposées par The Rorschach Archives Guide : http://www.img.unibe.ch/unibe/porta...

[10Contrairement à une erreur fréquente, le nom « Psychodiagnostic » est le titre de l’ouvrage de H. Rorschach, et non celui de sa méthode de test, qu’il appelle « interprétation de formes aléatoires » (Deutenlassen von Zufallenformen). La traduction française de l’ouvrage de Rorschach propose : « interprétation libre de formes fortuites ».

[11En 1984, les Editions Hans Huber seront à leur tour rachetées par la société fondée en 1949 à Stuttgart (Allemagne) par le Dr. Carl Jürgen Hogrefe, enseignant universitaire à l’université de Göttingen, et éditeur indépendant d’ouvrages et de tests psychologiques. Devenu international, le Groupe Hogrefe, basé à Göttingen (Allemagne) à partir de 1971, édite désormais le test de Rorschach et plusieurs des publications de l’International Society of the Rorschach and Projective Methods (ISR), dont la revue annuelle Rorschachiana. Les Editions Hogrefe possède aujourd’hui 15 succursales dans le monde, dont une à Berne. Les Editions Hans Huber poursuivent aujourd’hui leur activité sous le nom de Hans Huber Hogrefe AG.

[12C’est à l’occasion du IIe Congrès International, à Berne, qu’a été créée la Société Internationale du Rorschach (International Rorschach Society, ISR), le 13 septembre 1952. Le premier bureau était présidé par Walter Morgenthaler (Berne) et Marguerite Loosli-Usteri (Genève), avec pour vice-présidents Samuel Beck (Chicago), Ewald Böhm (Copenhague), André Ombredane (Bruxelles) et Carlo Rizzo (Rome) ; le secrétaire en était Adolf Friedemann (Fribourg-en-Brisgau) et le trésorier Hans Huber Jr.

[13Rappelons qu’Olga Stempelin-Rorschach (née Olga Vasilievna Štempelin en 1878, à Bouïnsk, près de Kazan en Russie) était médecin-psychiatre, comme son époux Hermann Rorschach. Après la disparition de celui-ci et deux années passées à le remplacer à l’hôpital de Herisau, elle s’installe avec ses enfants encore jeunes à Teufen, dans le canton d’Appenzell. Elle continue à pratiquer en tant que médecin au sanatorium privé « Bellevue » de Ludwig Binswanger à Kreuzlingen (canton de Thurgovie) ; puis à l’hôpital psychiatrique de Cery à Lausanne. En 1953 Olga quitte Teufen pour aller vivre avec sa fille Elisabeth à Zürich, où elle meurt en 1961, âgée de 93 ans. Olga Stempelin-Rorschach ne s’est jamais remariée. – Elisabeth Rorschach a exercé à l’Ecole de Commerce de l’Association Commerciale de Zürich en tant que professeur d’anglais. Elle est décédée à Zürich en 2006, à 89 ans. – Wadim Ulrich Rorschach, médecin comme ses parents, a exercé en tant qu’assistant dans divers hôpitaux en Suisse, avant de s’établir en cabinet privé comme médecin généraliste, à Buchs, dans le canton d’Aargau (Argovie), en 1952 ; puis comme psychiatre et psychothérapeute à partir de 1973, toujours à Buchs, où il est décédé en 2010, à 91 ans. – Hermann et Olga Rorschach n’ont pas eu de petits-enfants.

[14Ces archives, qui constituent aussi un musée, ont été confiées à l’Institut d’Histoire de la Médecine (Bibliothèque de l’Université de Berne). Dans les années 1990, John Exner Jr., devenu directeur des Archives « Rorschach », en a repris et organisé le développement, avec le soutien de la Bibliothèque Universitaire de Berne, de l’International Rorschach Society, et des éditions Hans Huber Hogrefe AG. Voir site Internet (en allemand et en anglais) : http://www.img.unibe.ch/dienstleist...

[15Albert Furrer soutiendra en 1930, à la faculté de Philosophie de l’Université de Zürich, une thèse de doctorat sur le test de Rorschach.

[16Aujourd’hui « Institut des Sciences pédagogiques de l’Université de Genève ».

[17Les trois articles de Marcel Monnier sont : Le test psychologique de Rorschach, L’Encéphale, XXIX, 1934, 3, 189-201. – Le test psychologique de Rorschach, L’Encéphale, XXIX, 1934, 4, 247-270. – La technique actuelle du test psycho-diagnostique de Rorschach (Révision et critique), Annales médico-psychol., XCVI, 1938, 1, 15-22.

[18On peut lire sur Internet l’intégralité de cette traduction en anglais, dans sa cinquième édition (1951), avec une bibliographie actualisée en date de 1949, à l’adresse :
http://www.igorgrzetic.com/wp-conte...

[19En 1947 Bruno Klopfer devient finalement professeur de psychologie à l’Université de Californie de Los Angeles (University of California in Los Angeles, UCLA), où il exercera jusqu’à sa retraite en 1963. Il restera néanmoins président de la Society for Projective Tests and the Rorschach Institute (qui fait suite au Rorschach Institute) jusqu’à sa mort en 1971.

[20Le Rorschach Institute devient en 1948 The Society for Projective Tests and the Rorschach Institute, puis The Society for Projective Techniques en 1960, avant d’adopter son nom actuel, The Society for Personality Assessment (SPA), en 1971.

[21Bruno Klopfer publiera dix ans plus tard un autre ouvrage sur le test de Rorschach, en deux volumes, sous le titre : Developments in the Rorschach Technique. Le premier volume (1954) est l’œuvre de Bruno Klopfer avec la collaboration Mary D. Ainsworth (qui s’illustrera plus tard par ses travaux sur la théorie de l’attachement), Walter G. Klopfer (fils de Bruno Klopfer) et Robert R. Holt (futur défenseur, dans les années 1950, de l’approche psychanalytique du Rorschach initiée par David Rapaport). Le second volume (1956) inclut des contributions de : Mary D. Ainsworth, Dorothy V. Anderson, Gertrude Baker, Hedda Bolgar, Jack Fox, A. Irving Hallowell, Eileen Highman, Samuel Kellman, Walter G. Klopfer, Gertrude Meili-Dworetski, Edwin S. Shneidman (l’inventeur du test MAPS), Robert F. Snowden, Marvin Spiegelman, Marie D. Stein, Evelyn Troup, Gertha Williams. Un troisième volume paraîtra en 1970, co-dirigé par Bruno Klopfer, Mortimer M. Meyer, Florence B. Brawer et Walter G. Klopfer.

[22De Zygmunt Piotrowski, on connaît en France sa réflexion critique, inspirée de la conception psychanalytique du rêve, de la notion méthodologique de Héros héritée de H. Murray au T.A.T. : « A New Evaluation of the Thematic Apperception Test », Psychoanal. Review, XXXVIII, 2, April 1950, 101-127 – trad. fr. (par C. Bouchard) : « Une nouvelle évaluation du Thematic Apperception Test », ronéo, Laboratoire de Cliniques Psychologiques (L.C.P.), Université Rennes 2, 1985, 23 p.

[23Rapaport deviendra, dans les années 1950-60, l’un des principaux représentants de la « psychologie du Moi » ou Ego-Psychologie, alors en vogue aux Etats-Unis. Il est le fondateur et le premier secrétaire (1946-1949) de la section de Psychologie clinique et pathologique de l’American Psychiatric Association (APA).

[24C’est également à André Ombredane, en collaboration avec Nicole Chevalier, que l’on doit la traduction en français, publiée en 1953-54, de l’ouvrage de Henry A. Murray : Exploration de la personnalité. Études clinique et expérimentale de 50 sujets d’âge correspondant à celui des études universitaires (Explorations in Personality, 1938).

[25Nommée maître de recherches au C.N.R.S. en 1965, Cécile Beizmann y poursuivra sa carrière jusqu’en 1970.

[26A la même époque, Hermann Rorschach travaillait encore comme jeune médecin au Burghözli (c’est l’année de sa thèse de doctorat en médecine). Il est cependant bien hasardeux d’affirmer, comme le fait Marianne Minkowski (2014), que Françoise Minkowska aurait pu « se familiariser ainsi avec les idées de l’inventeur du célèbre test de Rorschach », même s’il est vraisemblable qu’elle ait pu alors côtoyer celui-ci.

[27Jacques Perse, psychologue, est alors « chef » du Laboratoire de Psychologie de la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale dirigée par le Pr Jean Delay et le Dr Pierre Pichot.

[28C’est à la même époque que Didier Anzieu et Jacques Perse suivent aussi le cours de Nella Canivet.

[29Nina Rausch de Traubenberg aura l’occasion de faire en 1973, grâce à une bourse de recherche financée par la Commission franco-américaine, un second séjour de trois mois à l’Université de Yale (Newhaven, Connecticut), où elle rencontrera Jerome L. Singer (célèbre spécialiste de la psychologie des émotions) et Sydney Blatt (alors représentant d’une approche psychanalytique du Rorschach à partir des théories de la relation d’objet).


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