Interview d’Yvonne Denis

jeudi 30 novembre 2017
par  Le Comité de Rédaction

Du test du Village Imaginaire (VIM) au Village Itératif

Yvonne Denis [1] parle de sa méthode

Espaces LibresLe test du Village Imaginaire (V.I.M.) publié par Roger Mucchielli en 1960 puis révisé en 1976, est la troisième méthode de test du Village après les travaux de Henri Arthus en 1949 et de Pierre Mabille en 1951. Dans son ouvrage de 1976 Roger Mucchielli propose un usage psychothérapeutique du V.I.M., sous la forme de plusieurs séances successives de construction de « villages ». [2] Sur le même principe d’une réitération du Village dans un objectif thérapeutique, vous avez développé une méthode sensiblement différente de celle de Mucchielli. Il n’est cependant pas facile de se représenter ce que peut produire le Village Imaginaire répété, en tant que situation thérapeutique et processus de changement. Pouvez-vous définir d’abord ce qu’est le Village Itératif, nom donné à la méthode de psychothérapie que vous proposez à partir du matériel du V.I.M. ?

Yvonne Denis – Nous parlons, en effet, de « Village Itératif », et non plus de Village qualifié de thérapeutique puisque notre expérience nous permet désormais de dépasser ce que l’on considérait auparavant comme une psychothérapie « par » ou « avec » le Village. La notion de Village Itératif demanderait un petit rappel historique. Roger Mucchielli avait déjà constaté dans le Village-test, dit diagnostique, des qualités particulières propres au V.I.M. qu’on pouvait lui attribuer, ou du moins qui lui étaient co-existantes : le bienfait d’une détente, d’une auto-satisfaction de réussite, éprouvé par les enfants et les adultes ayant terminé un « village ». Le plaisir d’un rythme qui se déroule jusqu’à l’achèvement de la construction et qui, s’il est interrompu, produit une frustration très sentie. A ce plaisir s’ajoutait l’expression d’un désir de construire un autre « village » à partir de l’idée qui advenait devant et par l’œuvre terminée.
Ces observations ont été saisies méthodiquement par Roger Mucchielli comme principes fondamentaux de rééducation psychologique. Ainsi, le test du Village Imaginaire était proposé en séances hebdomadaires aux enfants et adolescents qui demandaient consultation aux centres spécialisés créés par Roger Mucchielli, en particulier le Centre Psychologique de l’Ouest (C.P.O.) à Nantes et celui de Rennes, qui devint ensuite l’A.R.A.S.H. (Association pour la Recherche appliquée aux Sciences humaines), centres au fonctionnement desquels j’ai successivement collaboré.
Dans la situation du test V.I.M., l’auto-évaluation immédiate de son œuvre par le sujet fut systématiquement exploitée dans la perspective de développer et d’aménager pour une plus grande satisfaction du sujet la partie de son « village » qui lui plaisait le mieux, voire de modifier celle qui lui paraissait éventuellement insatisfaisante. Roger Mucchielli introduisait plusieurs modes d’intervention, dont le principe commun était de stimuler la mobilisation des situations existentielles du sujet par des modifications d’éléments de son propre « village ». Au psychologue d’analyser la situation jouée ipso facto et de proposer, de susciter la poursuite et le développement de cette dynamique dans un sens positif pour le sujet. Il ne s’agissait pas de provoquer des prises de conscience, mais de développer les potentialités euphoriques-euphorisantes positives, dans le cadre d’une relation interpersonnelle d’aide à l’initiative du sujet et d’intervention telles que le psychodrame de Moreno et le Rêve-Eveillé-Dirigé (R.E.D.) de Robert Desoille pouvaient le pratiquer. On a pu ainsi parler de pratique thérapeutique « avec » le Village Imaginaire.

EL  : C’est donc très différent de ce qu’on appelle la psychothérapie « par le jeu » à partir du modèle kleinien par exemple ?

YD : Oui, par le fait qu’on n’introduit pas un matériel comme substitut d’un manque de moyen verbal pour entrer dans la technique psychanalytique d’associations. Il s’agit de quelque chose de très différent : partir de ce que produit le matériel du V.I.M., l’exploiter, pour aller plus avant dans ce qu’il est capable de produire.

EL  : En somme, cette méthode est née d’une occasion que le psychologue, Roger Mucchielli en l’occurrence, a trouvée dans un effet de cet instrument et qu’il a tenté de systématiser pour l’exploiter en psychothérapie.

YD : C’est cela. Dans son manuel de 1976, il a développé cet effet perçu en fonction de son mode personnel de lecture phénoméno-structurale, qu’il avait élaboré quelques années plus tôt [3] : déceler les éléments structurels du « village » d’un sujet pour en soutenir la poursuite et le développement.

EL  : La notion de structure se trouve déjà dans la méthode de Pierre Mabille. Dans le cas du Village Imaginaire, elle prend un sens différent.

YD : Avant Roger Mucchielli – et il s’en fait encore l’écho critique dès son ouvrage de 1960 –, l’histoire et la méthodologie du Village se rapportaient à un modèle de psychologie morpho-caractérologique [4] en privilégiant l’observation des modes de conduite et leur corrélation avec les types de construction. Mais par l’observation et la prise en compte du déroulement de la construction, qui avait déjà retenu l’attention de Henri Arthus dans une perspective également caractérologique, l’intérêt de la perspective dynamique de ce qui se construit sur le plateau du Village va déborder la seule étude de la construction terminale (le plan du « village »). Dès lors la question du psychologue et sa compréhension du « village » d’un sujet sont centrées sur les facteurs de changement et de renouvellement qu’on peut y repérer et que le sujet pourrait mobiliser au cours d’une suite d’autres « villages ».

EL  : Pourtant, à la lecture de son manuel sur le Village Imaginaire, on a l’impression que le document « village », le plan de la construction terminée, est très valorisé par Roger Mucchielli, comme chez ses prédécesseurs Henri Arthus et Pierre Mabille. [5], et selon une lecture encore très imprégnée d’une symbolique de l’espace.

YD : Le livre sur le jeu du Monde et le test du Village Imaginaire [6] analyse l’apport des prédécesseurs, dans l’objectif, entre autres, de restructurer un matériel qui introduise à l’univers des significations existentielles vécues non réfléchies, et que Mucchielli rattache, à l’époque, à une théorie de la « proto-conscience » empruntée à Margaret Lowenfeld [7]. Il est vrai que, dans ce premier ouvrage de 1960, un seul paragraphe envisage l’intérêt d’une répétition du test comme pouvant modifier la place ou le poids des obstacles au changement traduits dans le premier « village ». Mais Roger Mucchielli poursuivait sa recherche de la dynamique dans les différentes méthodes projectives : un de ses livres s’intitule La dynamique du Rorschach (1968) ; un autre du même genre, sur le T.A.T., est resté en chantier. Je saisissais, pour ma part, tout l’intérêt de la dynamique du Village Imaginaire dont la recherche me fut confiée comme sujet de thèse par Roger Mucchielli et sous sa direction.

EL  : Cela nous conduit à reprendre et à réviser la façon dont Mucchielli se rattache à Arthus. Car nous parlons de l’importance de l’élaboration active de son « village » par le sujet ; or, n’est-ce pas ce qu’Arthus observait et qui l’intéressait principalement ? [8]

YD  : Le premier but d’Arthus était d’utiliser, chez des apprentis démunis d’acquisitions scolaires, la manière qu’ils ont de se dire, pour accéder à une autre manière de dire qu’Arthus observait et qui l’intéressait principalement.

EL  : Le travail d’Arthus aurait eu, au moins au départ, un objectif de réadaptation, de rééducation ?

YD  : De rééducation, et de révélation aussi. Par son regard orienté vers la détection et le développement psychopédagogique lors d’une conduite de construction de « village », Arthus peut avoir un point commun avec l’attention de Roger Mucchielli pour l’expression métaphorique par le Village Imaginaire, considérée comme détentrice, pour le sujet, de son potentiel créateur. A la différence que pour l’un il s’agit de méthode de réintégration socioculturelle, tandis que pour l’autre c’est l’application d’une conception de guérison selon l’analyse existentielle, qui est mise en œuvre.
Avec Arthus, la construction du Village était un moyen, qui lui semblait pouvoir susciter et restaurer les potentialités d’une « activité créatrice ». Avec Mabille, médecin et caractérologue, le Village est utilisé comme cadre d’un diagnostic : par quelle conduite de traitement et d’organisation d’un tas chaotique d’éléments mis en plein milieu du plateau, le sujet va-t-il se caractériser ? L’observation, centrée sur les modes d’activité du sujet, trouve sa conclusion morpho-caractérologique dans les formes spatialisées de la construction terminée. Après la disparition prématurée de Pierre Mabille, Roger Mucchielli a été secrétaire général du « Groupement d’étude du test du Village » dans les années 1950. Comme dans toute succession, ce fut un temps de bilan et d’amélioration de certains aspects techniques, tel le relevé final de la construction au moyen de tampons représentant les maisons couchées, vues de face, et non en vue plane. Tout se passait comme si l’intérêt se centrait sur la forme définitive de la construction et la symbolique des éléments. A ce moment, Roger Mucchielli se retirait du groupement. Il gardait de cette période morpho-caractérologique ce qui pouvait être lié à l’analyse phénoméno-structurale qu’il allait bientôt élaborer et dont le mode d’interprétation allait privilégier la dynamique des formes sans contenu symbolique.
Avec son test du Village Imaginaire, Roger Mucchielli met le matériel au service du sujet dans une situation non problématique. Il employait, pour le dire, des métaphores intéressantes, telles : la valise ressemble à un casier de typographe où celui-ci peut trouver, les yeux fermés, les éléments dont il a besoin pour constituer une phrase ; ou, autre image, avec la palette du peintre, dont le pinceau n’a pas à chercher la place connue de ses couleurs. Le matériel n’est plus lieu et occasion d’épreuves problématiques à résoudre. Il est présenté dans un climat privilégié de relation d’aide. On sait comment Roger Mucchielli saisira le sens rogérien strict de la non-directivité, qui met le psychologue dans la dépendance de l’initiative du sujet afin de découvrir ensemble son univers singulier. C’est l’époque où il se défendra, dans son manuel comme dans des colloques et des rencontres, de qualifier son test du Village Imaginaire de « test projectif ». Il s’en explique à travers toute son œuvre. Au concept psychanalytique de projection, qu’il juge inadapté à la perception et à l’expression dont s’occupent uniquement les techniques dites projectives, il oppose la notion de psychisme latent comme organisateur de formes, de structures structurant à chaque instant la perception et l’expression – l’expression comme révélatrice des dynamiques de la personnalité. Le « Jeu du Village Imaginaire » est donc l’occasion privilégiée de manifester un comportement expressif dans ces patterns stables et constants qui sont les dynamiques de la personnalité elle-même. Ainsi, aux images illustrant les maisons figuratives de son matériel, Mucchielli applique le concept de schème : l’image doit représenter des facteurs essentiels et suffisants pour provoquer les réactions du sujet. Autant il faut éviter surprises et pièges, autant il attend des images soigneusement étudiées et dessinées sur les maisons figuratives, la provocation juste et forte pour déclencher des schèmes comportementaux en réactivant des mouvements latents.

EL  : Revenons au Village thérapeutique. Le Village Itératif tel que vous l’avez expérimenté relève d’une approche très différente de la méthode de psychothérapie par le Village Imaginaire que propose Mucchielli dans la seconde édition de son ouvrage sur le V.I.M. Quel est le lien, alors ?

YD  : En fonction de l’état de mes travaux et de la perspective qu’ils ouvraient, il est évident que ce dernier chapitre m’a d’abord désorientée par une sorte de sentiment d’étrangeté. Cet abord thérapeutique selon Roger Mucchielli m’était familier et parfaitement cohérent dans sa conceptualisation. Il est sûr que l’on y retrouve la méthode de Mucchielli, l’interventionnisme éclairé en fonction de l’analyse du sens-pour-le-sujet, sens exprimé à travers les métaphores des maisons figuratives sélectionnées par le sujet, des comportements expressifs et des commentaires. Pourtant, cela ne traduisait pas exactement l’expérience des « villages » réitérés.
A quel moment s’amorce la divergence ? Avec son remarquable esprit de synthèse et l’efficacité de sa précision didactique, Roger Mucchielli m’assurait, comme directeur de thèse. Dans mes diverses expériences de cures thérapeutiques avec le Village Imaginaire, il est arrivé un moment où mon travail et mes expériences ont produit quelque chose qui n’était pas dans la ligne attendue. Etait-ce anecdotique ou était-ce une voie différente ? Il a fallu un certain temps pour en discerner le sens : sens différent mais non opposé. Je pense en particulier à deux constatations qui se sont imposées par leur répétition : un contenu symbolique qui prenait comme support les qualités des éléments naturels (l’eau, la terre, le feu) ; et puis, tout à l’opposé, des formes si dépouillées qu’elles n’étaient plus que des « trajets » qui servaient de support à la manifestation de ce que j’ai appelé « vecteurs existentiels ». Tandis que Roger Mucchielli poursuivait avec le Village Imaginaire la trajectoire confirmée de sa théorie d’analyse phénoméno-structurale, il m’apparaissait que le Village avait donné, prouvé, en le faisant advenir, quelque chose qui lui était propre et qui ne venait pas de l’extérieur : une dynamique propre au Village Itératif, dans le cadre où il était provoqué, celui d’une relation d’aide psychothérapeutique, de forme non-directive, par le langage métaphorique.

EL  : Vous vous êtes faite l’auxiliaire du Village, en somme, et de la clinique thérapeutique originale, inédite, qu’il faisait apparaître.

YD  : Voilà. Il s’agissait de laisser advenir. Après un premier temps de méthode interventionniste pour soutenir le sujet dans l’aménagement rectificatif des zones qu’il pouvait aborder dans son « village », j’ai poursuivi l’expérience en laissant le sujet confronté à ses propres limites, pour en trouver lui-même les transformations successives.

EL  : Cette pratique première était-elle influencée par votre connaissance et votre expérience du Rêve-Eveillé-Dirigé par Desoille [9], qui fonctionnait d’une manière assez semblable ?

YD  : Ma relation de psychothérapie didactique avec Robert Desoille fut un contact privilégié avec un chercheur dont l’intuition originale et les qualités humaines de relation ont également influencé l’organisation et les modalités de mon travail : sa curiosité intellectuelle et sa disponibilité pour l’expérience du Rêve Eveillé Dirigé, par des interventions facilitatrices du dépassement des obstacles, puis l’entretien en face à face pour le commentaire, et l’ajustement réciproque du sens manifeste. Effectivement, du modèle transmis par R. Desoille on peut reconnaître, dès les débuts de mon expérimentation de psychothérapie avec le Village, les caractères de permissivité dans le travail progressif d’enregistrement ajusté par l’auto-satisfaction. Dans le R.E.D. il convenait de toujours terminer par une image à sensation euphorique et relaxante. Avec le test du Village il y avait le constat que le Village diagnostique était parfois accompagné d’un sentiment de réussite, d’un plaisir lié à une réalisation « complète ». J’ai laissé faire cette poursuite de l’achevé, sans vouloir manier la frustration.

EL  : C’était un achevé qui était sans cesse ouvert, en somme ?

YD  : Oui. Il a bien fallu constater que le Village réitéré n’était jamais le même et qu’il y avait toujours d’autres « villages » qui pouvaient se succéder.

EL  : Une question se pose souvent à propos du Village Itératif, quand on ne l’a pas pratiqué soi-même en tant que patient ou en tant que thérapeute : on se dit que cette réitération doit être répétitive, donc vite ennuyeuse et peut-être stérile.

YD  : Le Village Itératif a quand même des limites, comme toute méthode thérapeutique d’ailleurs, et ne peut pas convenir à tous les sujets. Mais disons que dans la plupart des cas, le Village se transforme, en opérant par déboîtements rythmés, de séance en séance. Il serait inexact de dire qu’un « village » engendre un autre « village ». En réalité, le Village Itératif engendre une dynamique de constructions qui, pour le spectateur non averti, n’a plus de rapport avec le Village diagnostique premier. Ce qui restera commun, toujours utilisé, c’est le plateau qui supporte les constructions.

EL  : Cela veut dire que, dans le Village Itératif, on ne peut jamais considérer une construction isolément des autres constructions d’un même sujet ?

YD  : Par voie de conséquence, on ne peut pas isoler artificiellement un élément de toute une suite dynamique qui a sa propre cohérence. Chaque « village », constitutif de séquences chronologiques, n’est qu’un temps, qu’une construction immobilisée comme par un flash photographique, et qu’il faut pouvoir situer dans un ensemble. C’est dire qu’on ne peut isoler une construction faite dans les conditions d’encadrement thérapeutique et relationnel déjà citées, pour en faire un diagnostic psychologique. Elle fait partie d’un tout : l’ensemble d’une séquence et d’une suite de séquences dans le processus thérapeutique propre au Village Itératif.
Roger Mucchielli disait que le Village-test contenait « tout du sujet ». Non pas qu’on allait pouvoir y lire et retrouver les causes et l’histoire du sujet, mais qu’on pouvait y retrouver la façon dont le sujet se conduit et traite, organise les différentes combinaisons de sens, voire les mélanges de sens, avec les niveaux de sens différents de l’architectonique de sa construction : un rapport analogique entre la conduite de construction, les formes produites et le comportement du sujet dans sa vie personnelle. Quant à Margaret Lowenfeld, elle disait que la succession des « villages » (ou des « mondes » dans sa méthode de psychothérapie) apporte les pièces qui manquaient au puzzle complet, représentatif du monde privé du sujet, afin d’en comprendre tous les éléments de sens qu’un seul « Jeu du Monde » ne pouvait suffire à expliciter. Margaret Lowenfeld faisait référence à une psychologie de la forme, que Roger Mucchielli allait transformer en une psychologie structurale.

EL  : Autrement dit, les constructions du « Monde » étaient lues par juxtaposition, et non pas comme une série de transformations ?

YD  : C’est cela. Qu’une série de « mondes » produits par un même sujet puisse permettre d’apprécier « le paysage tout entier », c’est aussi se référer à un concept de structure statique, et non dynamique. Ce n’est pas notre propos : une construction de « village » n’est pas complémentaire des précédentes. Produit des constructions qui la précèdent, elle contient aussi en puissance la construction qui lui succède. De sorte que, dans la perspective qu’ouvre le Village Itératif, le premier « village » aurait une portée plus pronostique que diagnostique. En développant la dynamique propre au sujet pour l’aménagement de son espace lié intimement à l’image de soi, on fait advenir des formes pronostiques.
L’analyse du premier « village » constitue le moment particulièrement défini pour envisager une quelconque intervention afin qu’il instaure sa propre dynamique. C’est ainsi que, par des termes que nous avons proposés, tels que : décristallisation, décantation et déboîtement, on aborde la notion-clé des « facteurs intriqués ». La relation transférentielle, l’habitude du lieu, toujours le même, l’habitude du matériel, en se mettant en place, vont dégager chez le sujet une certaine possibilité de dire et de se dire pour favoriser alors de l’expression ; et la suite des « villages » réitérés participe à ce déploiement.
Ce mot de « déploiement » renvoie à l’élargissement dans l’espace, métaphorique-ment et parfois aussi physiquement. Ainsi, par exemple, tel sujet fait comprendre – sans bien le comprendre lui-même – qu’il est pris par les contraintes d’une situation qui appelle un plus grand espace : il a besoin d’un autre plateau de Village pour construire en prolongement du premier. Ce qui nous amène quelquefois à proposer au sujet, comme une reformulation, un second plateau prolongeant le premier. Parler de déploiement signifie donc que, dans le temps et l’espace de certaines séances, dont les premières sont souvent exemplaires, le sujet, familiarisé à l’ensemble des éléments de la relation et de la situation, prend des initiatives avec le matériel : la construction s’élargit, « prend ses aises ».
Dès lors, en se déployant, la condensation des éléments qui signifie une superposition de sens, ou un carrefour de sens, va se « décristalliser », et se « décanter », pour une réorganisation de sens. Dans ce mouvement d’élargissement, certains mouvements disparaissent, d’autres sont prêts à changer de significations, tandis que d’autres encore, à la façon de « pièces-piliers », résistent à cette nouvelle structuration. On assiste à un « déboîtement » des sens des éléments, qui se diversifient des plus sémantiquement neutres et réceptifs jusqu’aux plus résistants, donc plus irradiants de sens.

EL  : Mais si le premier « village » d’une série est si chargé, comme vous le dites, de sens multiples intriqués, qu’est-ce qui peut nous permettre d’entrevoir ce qui peut s’en dégager ?

YD  : Les nouvelles hypothèses de décodage issues d’une expérimentation dont la méthodologie s’est appliquée à la succession longitudinale des « villages » d’un même sujet et à la répétition transversale de plusieurs cures, sur le même mode, avec des sujets différents. Une somme de matériel dont l’analyse ne pouvait se traiter que par une méthode de cas et non par statistiques. Cette analyse a dégagé des constantes, des analogies de modes de continuité, non pas dans les contenus de formes essentielles, non pas dans les significations, mais selon des lignes très schématiques et essentielles : les « vecteurs existentiels », que nous venons de mentionner, tracés de projets porteurs de sens.
Chaque cure se déroule selon des alternances de moments actifs de changement et de moments plus calmes d’organisation de ce qui a été changé : phases et étapes, en prêtant au terme de phase le sens d’un déroulement dynamique, et au terme d’étape quelque chose d’un sens de repos, d’assimilation, puis de remise en forme. Ce mode de succession, par phases et étapes, se retrouve couramment dans la plupart des cursus thérapeutiques, par exemple chez Rogers, Desoille, Mucchielli, etc. Mais ce qui est propre au Village, c’est l’utilisation des éléments du matériel pour participer à cette dynamique de changement et à ces organisations de changement. Ce matériel qu’on impose pour un test diagnostique se révèle petit à petit impropre, ou du moins ne convenant plus au sujet qui, après avoir usé du matériel pour en « faire quelque chose », veut mettre ce matériel à son service et, au besoin, inventer son propre matériel pour agir ses initiatives. Il assume la permissivité du lieu et du cadre, au point d’user ou non du matériel, de modifier même par la craie par exemple des éléments ou d’en fabriquer lui-même. C’est ainsi que l’on peut noter, de façon répétitive, pour des sujets différents, une sorte de dépouillement progressif de la représentation des objets jusqu’à utiliser, par exemple, seulement de la craie [10], avec des variétés de couleurs, pour une représentation graphique ; et ceci non seulement pour des tracés mais aussi pour des contenus que le sujet va nommer : par exemple l’eau, l’île comme terre nouvelle et à découvrir, Nouveau Continent, etc., toute métaphore utilisant le monde, le cosmos entier.
Les éléments naturels de ce cosmos, comme l’eau, la terre, le feu, ne sont pas du tout ceux d’un imaginaire cosmogonique qui influencerait l’Homme et avec lequel il aurait des correspondances. Il s’agit là de comprendre les éléments simplement comme d’autres métaphores, comme celle par exemple des images sur les maisons figuratives du matériel. De ces éléments, que la représentation dans l’expérience du Village Itératif réduit à trois types – l’Eau, la Terre, le Feu –, il importe de percevoir lequel des facteurs métaphoriques utilisables est retenu et utilisé par le sujet. Prenons l’exemple de l’Eau. Ce n’est pas n’importe quelle eau : ce peut être notamment l’eau-vive, c’est-à-dire une eau courante, métaphore de ce qui porte et qui supporte le besoin de mouvement, et que le sujet emprunte pour exprimer et développer son projet selon les principes de la dynamique structurale.

EL  : Vous faites état d’une expérience et d’une vérification apportée au Village par la pratique itérative. Mais quels repères cela nous donne-t-il pour le premier « village », pour en dégager ce qui est essentiel ?

YD  : Nous avons dit que la réitération du Village produit des séquences de phases se clôturant par des étapes, et procèdent ainsi par cycles. Chacun de ces cycles aboutit à une synthèse de ce qui précède et projet de ce qui va suivre. Par l’analyse longitudinale de ce processus et par l’analyse transversale de séries de sujets, on peut dire que le Village, dans ce cadre-là, laisse à voir ce qu’il est capable de produire et comment il le produit. Inversement, l’analyse de ce fonctionnement permet, par un feed-back, de revoir le premier « village » à la lumière de ses développements.
L’expérience du Village Itératif nous donne à constater, en particulier, que le sujet répète la même chose avec tous les moyens qui lui sont offerts : verbal, construction, attitude, etc. Par ces différents modes d’expression, ces redondances, font carrefours de sens. Pour le thérapeute, ceux-ci deviennent les différents moyens d’accès au sens de ces structures, par une sorte de convergence des différents niveaux d’expression. C’est la preuve que l’analyse du premier « village » ne peut privilégier un moyen ou un moment d’expression : elle doit tous les recueillir et les traduire dans leur déroulement et leur simultanéité – alors que, dans la suite des « villages » itératifs, c’est parfois le sujet qui assigne un moyen plus qu’un autre. Par exemple, à tel moment, le commentaire verbal ; à tel autre, le maniement d’une pièce du matériel ; ou du graphisme sur le plateau ; ou bien encore des attitudes du sujet, des déplacements d’éléments… C’est parfois le thérapeute qui, plus disponible pour entendre que pour voir, ou pour voir avant d’entendre, peut s’assurer, par un de ces signifiants, l’accès à la structuration des significations pour le sujet.
Par ces multiples moyens d’accès aux significations qu’offre la suite des « villages », on s’aperçoit par exemple que le tracé d’une route qui, dans le Village diagnostique, est analogique du mode relationnel du monde privé du sujet, peut perdre sa thématisation de voie de communication. Le seul fait d’être un tracé est en lui-même porteur de sens orienté et spatialisé, qui peut, entre autres, être celui de la communication. Ce tracé, de par le mouvement qui l’a dessiné, est porteur d’un sens dont l’orientation vectorielle de direction – vers le haut ou vers le bas, vers la gauche ou vers la droite, vers l’avant ou vers l’arrière, vers le centre ou vers la périphérie – peut se suffire à lui-même, sans attribution de contenu. Par voie de conséquence, tout élément posé ou représenté, quel qu’il soit, étant orienté ou spatialisé au terme d’un mouvement, est porteur d’un sens vectoriel existentiel dont le repérage devient un mode de décodage du Village. D’autre part, l’analyse des signifiants utilisés comme plus ou moins banalement concrets (l’usage commun du matériel), ou plus ou moins abstraits (initiatiques de représentations personnelles), peut permettre le repérage d’un niveau de relation du sujet avec son espace : l’étape de son projet, vers le terme final d’espace habité par l’être-soi.

EL  : Le dépouillement que l’on observe au cours de la thérapie, fait apparaître donc que l’essentiel de ce qui se manifeste sur le plateau du Village n’est ni le contenu thématique d’une construction, ni même son style de réalisation, mais son orientation dans l’espace. Pourriez-vous expliciter un peu plus ce dernier point ?

YD  : Toute la production des psychothérapies dans le cadre du Village Itératif aboutit à une constatation dont l’importance première est inattendue : une spécificité qui introduit fondamentalement la Spatialité, l’espace-vécu.
Le plateau de bois du Village, carré, est un espace géométrique. Sur cette surface géométrique, certaines lignes sont privilégiées, en particulier les deux médianes et les deux diagonales. Tout se passe comme si ces axes géométriques fonctionnaient à la manière des existentiaux, selon Heidegger, dans le champ dimensionnel ontologique. Roger Mucchielli avait pressenti l’intérêt des diagonales. Nous pouvons maintenant leur attribuer le rôle de support de sens. Puis, il s’est avéré que ces axes, antérieurement considérés comme historiques et unidirectionnels (Mabille, Mucchielli), sont bidirectionnels. On peut en effet les considérer comme analogiques des directions de l’espace du rêve, comme nous l’a suggéré Henri Maldiney. Ainsi, les diagonales supportent des directions [11] BG <—> HD et HG <—> BD, et les médianes, des directions BC <—> HC et CG <—> CD. L’orientation des éléments concrets ou tracés sur le plateau peut être référée à ces quatre axes principaux. Dès lors, l’intérêt pour les dominantes d’orientation va supplanter celui des structures de construction. Il peut y avoir, par exemple, des masses d’obliques droites (BG <—> HD) ou d’obliques gauches (HG <—> BD) ; ces variations sont des pondérations dans les orientations propres au sujet.
Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de se référer aux normes catégoriales que proposeraient des axes existentiaux ontologiques pour situer et classer les sujets. Ce serait rapporter une nouvelle typologie, extérieure au fonctionnement spécifique du Village Itératif. Tout comme certaines qualités des éléments naturels (eau, terre, feu) sont empruntées comme supports de sens, les qualités descriptives d’orientation des axes principaux – diagonales et médianes géométriques – sont empruntées comme supports d’orientation de sens. Ainsi, l’orientation des éléments, concrets ou tracés sur le plateau du Village, peut être référée aux quatre axes principaux. Il ne s’agit plus d’une symbolique de l’espace – telle qu’elle a été transposée dans le test du Village sur le modèle de la graphologie de Max Pulver –, mais des mouvements qui s’orientent dans l’espace et qu’on ne peut plus considérer comme un a priori statique.
Mon attention a été particulièrement attirée sur ce problème par un patient psychotique qui avait comme caractéristique de déployer très lentement ses constructions de « villages ». Il bougeait très peu de facteurs à la fois, d’une séance à l’autre. Cela permettait de mieux concevoir ce qui n’aurait pas pu l’être dans une psychothérapie plus rapide et plus condensée. Par exemple, à certains moments, il y avait, dans les « villages » de ce sujet, des masses d’arbres ronds, des alignements d’arbres pointus [12]. Il était a priori séduisant de parler d’un rapport symbolique, sexuel par exemple, entre rond et pointu, comme l’ont fait certains auteurs. Cependant, quelque chose de plus essentiel se manifestait, qui n’était pas le contraste des contenus, mais l’orientation de ces éléments hors contenu. Par exemple, à un moment, s’est représenté un verger en alignements horizontaux (axe CG-CD) d’arbres ronds, pendant que se disposaient en diagonales (BG-HD et HG-BD) des alignements d’arbres pointus. C’est ensuite que j’ai rationalisé cette observation par l’utilisation du décalque, sur les plans de « villages », des orientations et des directions des bases des éléments, quels qu’ils soient.

EL  : Ces méthodes de relevé et d’observation, d’un point de vue technique, ont favorisé un nouveau type de lecture des plans de « villages » et de leurs transformations en psychothérapie.

YD  : Sans nul doute, c’est l’usage du relevé photographique des « villages » en vue plane, introduit par Roger Mucchielli, qui m’a conduite à chercher des améliorations techniques pour obtenir des relevés absolument fiables. L’observation des plans réalisés amène à percevoir les orientations et les directions des éléments ainsi dépouillés de leur premier aspect de signification. C’est ce qui permet de détecter des similitudes de masses et de directions qui ne pouvaient être ni fortuites, ni aveugles, ni même mécaniques, mais signifiantes d’un dynamisme signifié et ouvert à l’expression : un plateau pour construire et pour dessiner.

EL  : En définitive, le Village Itératif est né d’un instrument qui existait déjà sous une certaine forme (le test V.I.M.) et d’une initiative, d’une impulsion de recherche par Roger Mucchielli, dans un certain courant phénoménologique. Pouvez-vous nous préciser ce dernier point ?

YD  : Un courant phénoménologique et existentiel dont la valeur et la consistance ont été saisies dans leur conception philosophique et dans les tentatives de techniques psychothérapeutiques non psychanalytiques, comme celle de Rogers par exemple, pour élaborer une méthode de psychothérapie dite phénoméno-structurale. L’un des derniers ouvrages de Roger Mucchielli, Analyse existentielle et psychothérapie phénoméno-structurale [13], en constitue l’aboutissement.
En amont de l’œuvre de Mucchielli : la caractérologie de Gaston Berger ; puis une psychanalyse didactique avec Angelo Hesnard, l’un des premiers représentants de la psychanalyse en France ; l’adhésion à la psychiatrie de Pierre Janet et d’Eugène Minkowski (auquel il emprunte d’ailleurs le terme d’analyse phénoméno-structurale). Dans le courant culturel du structuralisme des années 1950-60 initié par Claude Lévi-Strauss dans les sciences sociales, Roger Mucchielli va très particulièrement modifier le concept de structure [14]. C’est ainsi qu’à la fin des années 50, Roger Mucchielli se situe dans un structuralisme des conduites, de type forme-contenu, et une approche phénoméno-existentielle, pour élaborer, après Margaret Lowenfeld et Pierre Mabille, son propre test du Village Imaginaire ou V.I.M. [15] En 1976, dans la nouvelle édition de son ouvrage aux E.A.P., le dernier et nouveau chapitre, consacré à « l’utilisation du test du Village Imaginaire en psychothérapie », énonce une théorie et des procédés d’intervention qui sont une application pratique, avec le matériel non verbal du Village, de sa psychothérapie phénoméno-structurale, plus adaptée aux enfants et à certains malades.

EL  : Vous reconnaissez-vous encore dans la perspective phénoméno-structurale telle que Mucchielli l’a élaborée, ou bien est-ce que là encore le Village Itératif vous a conduite ailleurs ?

YD  : L’approche et la perspective phénoménologiques de ce travail clinique et de son élaboration, pratiquées à partir de l’expérience et de la didactique de Roger Mucchielli, ont été confirmées par Henri Maldiney [16], à qui je dois des commentaires très denses et précis pour consolider la poursuite de la recherche. L’attention au déroulement du phénomène de la relation du sujet avec son espace par le truchement d’un autre espace, celui du Village, a découvert une perspective nouvelle : le projet de « l’ouverture » d’une existence redevenue capable de sens. Par quel système d’orientation des transformations, des discontinuités et des remaniements de formes, peut « s’ouvrir » le projet d’une existence qui découvre, occupe et réaménage son espace existentiel ? Ce qui nous conduit, nous l’avons vu, à insister sur une mouvance des formes qui n’est pas traitée par la méthode de Roger Mucchielli, des formes qui manifestent un dynamisme intérieur dont le processus d’évolution est cyclique et se produit selon un rythme à deux puis à trois temps. Il a été si tentant de comparer ce processus au phénomène biologique de la mitose, que j’ai pu l’appeler, initialement, la « vie des structures ». Ce repérage du mode de constitution d’une forme, jusqu’au seuil de sa transformation, devient également un nouvel élément de décodage du Village Itératif.
A l’élargissement de l’interprétation du système structurel par l’analyse de son dynamisme, s’est ajoutée la définition du rythme d’un système qui utilise les éléments matériels. La direction de recherche que Gilbert Durand [17] a bien voulu assurer à la suite de Roger Mucchielli, a contribué à l’analyse du processus spécifique du Village Itératif. Une certaine analogie se propose, en effet, entre le développement socioculturel des mythes et le processus des phases et étapes du déroulement d’une cure – sans aller plus loin, actuellement, que cette constatation.
L’articulation de ces différents modes expressifs dans le Village Itératif, du plus figuratif au plus abstrait, propose ainsi son propre décodage.

EL  : Vous arrivez à un mode de lecture du Village Itératif en particulier, et à une conception de la psychothérapie en général, qui mettent en avant une sorte de « programmatique », relativement abstraite, et par rapport au sujet (le patient), et par rapport à la lecture symbolique que l’on a longtemps adoptée pour le Village. Est-ce à dire que pour vous le figuratif des éléments du Village n’a plus de sens ?

YD  : Il n’a plus de sens unique, d’une part ; ni de sens existentiel, d’autre part. Disons que le support de sens-pour-le-sujet que proposent les éléments peut être anecdotique. Il vient conforter ou confirmer cette sorte d’armature essentielle des formes abstraites et de leur transformation.

EL  : On dit parfois de la méthode du Village Itératif qu’elle ne travaille pas « en profondeur », car elle semble fonctionner par des symboles et de manière « éducative ».

YD  : Cette valeur de « profondeur » est liée à la dynamique du rêve : le rêveur agit des auto-mouvements. Dans le monde (ou mode ?) du rêve, les auto-mouvements vers le haut, vers le bas, vers la droite, vers la gauche, n’ont pas d’images ; ils correspondent à une sensation de déplacement vécu [18]. C’est le langage qui va donner les significations de monter, tomber, s’écarter, etc. D’où les images de chute et d’ascension telles que j’ai pu les appréhender dans l’expérience du Rêve-Eveillé-Dirigé avec Robert Desoille, et telles que Gilbert Durand les théorise et les attribue aux régimes nocturne et diurne de l’imaginaire. Si donc la création de « villages » suscite ces auto-mouvements et qu’on peut les lire non seulement comme expression de sens, mais aussi dans leur dynamisme de fondation de sens, la métaphore de « profondeur » n’a plus rien d’exclusif. Ce qui importe, c’est le fonctionnement de ce dynamisme intérieur dans le cadre du Village Itératif. Il ne s’agit pas d’assigner, ou non, une valeur de profondeur à un système ; il importe plutôt de définir ses limites spécifiques d’utilisation psychothérapeutique.

EL  : Pour conclure : quel est l’avenir du Village Itératif ?

YD : Dans un premier temps, il fallait une période de vérification selon la méthode expérimentale traditionnelle. Un long temps a été nécessaire pour former des praticiens par l’expérience personnelle du Village Itératif, suivie de leur expérience comme psychothérapeutes sous contrôle didactique. Enfin, avec des praticiens qui ont acquis le même niveau d’expérience personnelle et professionnelle de cette pratique, un groupe de chercheurs a été constitué pour mettre à l’épreuve tout ce travail, et au besoin, le remettre en chantier : c’est l’A.R.P.E.J. (Association pour la Recherche en Psychothérapie Existentielle par le Jeu).
D’autre part, les sujets, dans leur diversité de commentaires, d’évitements et de réflexions, ont entretenu le changement, et nous les remercions de tout ce qu’ils nous ont appris. Ainsi, du matériel originel du V.I.M., certains éléments persistent et d’autres sont devenus caduques. Il ne s’agit pas seulement d’une figuration liée à la mode, tels les vêtements des personnages, mais surtout d’une capacité de support de significations afin d’être disponible pour les développements de sens qui s’opèrent dans le monde du sujet. Le V.I.M. en augurait le principe avec trois cases de la mallette contenant un matériel spécial : des pièces diverses, pièces de bois peint ou de bois brut, aux formes géométriques, abstraites ; de la craie, blanche et de couleur ; de la pâte à modeler. A l’usage, au cours des séries de « villages » en psychothérapie, les pièces très figuratives se voient progressivement remplacées par des pièces de plus en plus dépouillées, jusqu’à de simples volumes géométriques de bois brut. De plus, la fourniture d’une variété de couleur et de friabilité de craies d’art, au lieu de craies ordinaires, s’est justifiée par le développement graphique des tracés et des frottis. Disons que l’usage du matériel originel du test du Village Imaginaire s’est modifié au cours des constructions de séries de « villages » qui, dans ce cadre thérapeutique, ont élaboré leur propre appareil.


[1Auteur de Le Village Itératif. Une méthode de psychothérapie, Saint-Suliac (France), éd. Yellow Concept, 2015 – site internet : www.yellowconcept.fr

[2Mucchielli R. (1976). Le test du Village Imaginaire, Issy-les-Moulineaux, E.A.P. (Editions d’Applications Psychotechniques).

[3Mucchielli R. (1967). Analyse existentielle et psychothérapie phénoméno-structurale, Bruxelles, éd. Charles Dessart.

[4Mabille P. (1948). Essai de classification des structures caractérielles par le test du Village, Revue de Morphophysiologie humaine, I, 39-47 – Du même auteur : La technique du test du Village, monographie, Paris, éd. Revue de Morphophysiologie humaine, 1951.

[5Le V.I.M. est la troisième méthode de test du Village (Mucchielli, 1960, 1976), après celles de Henri Arthus (1949) et de Pierre Mabille (1951).

[6Premier ouvrage publié par R. Mucchielli sur son test VIM : Le jeu du Monde et le test du Village imaginaire, Paris, PU.F., 1960.

[7Psychologue et psychanalyste britannique (1890-1973), auteur d’une méthode de psychothérapie appelée le « Jeu du Monde », adaptée pour la pratique de test diagnostique de personnalité, sous le nom de « test du Monde », par Hedda Bolgar et Liselotte Fischer (1940). Sa méthode psychothérapeutique a été reprise et développée en Suisse alémanique par la psychanalyste jungienne Dora M. Kalff sous le nom de « Jeu de Sable » (1966). Voir : Lowenfeld M. (1935). Play in Childhood – Lowenfeld M. (1939). Les images du « Monde » chez les enfants. Méthode pour les enregistrer et les étudier, trad. fr., Sauvegarde de l’Enfance, 4, 1951, 291-319 – Lowenfeld M. (1950). Nature et emploi du Jeu du « Monde » chez les enfants et les adultes, trad. fr., Sauvegarde de l’Enfance, 4, 1951, 320-325 – Lowenfeld M. (1979). The World Technique (publication posthume).

[8Arthus H. (1949). Une psychologie virtualiste : le test du Village, Paris, éd. Hartmann.

[9Robert Desoille (1890-1966), inventeur d’une méthode d’onirothérapie, dite « Rêve-Eveillé-Dirigé » ou R.E.D. Voir ses ouvrages : Exploration de l’affectivité subconsciente par la méthode du Rêve-Eveille-Dirigé, Paris, éd. D’Artrey, 1938 – Le Rêve Eveillé en psychothérapie, Paris, PUF, 1945 – Marie-Clotilde. Une psychothérapie par le Rêve Eveille Dirigé. Un cas de névrose obsessionnelle. Relation de séances et commentaires, Paris, Payot, 1971 (ouvrage posthume édité par Nicole Fabre).

[10Le matériel du V.I.M. propose des craies de couleur et de la pâte à modeler. Les craies peuvent être utilisées pour des tracés sur la surface du plateau peint à l’ardoisine verte.

[11Sur une vue plane du plateau carré du Village, on peut repérer huit points cardinaux, désignés par leurs initiales : Haut (H), Bas (B), Gauche (G), Droite (D), Bas-Gauche (BG), Bas-Droite (BD), Haut-Gauche (HG) et Haut-Droite (HD). Ainsi, par exemple, BG > HD désigne l’axe diagonal reliant le coin Bas-Gauche du plateau à l’angle Haut-Droit ; BC > HC, l’axe médian reliant le côté Bas (Bas-Centre), le plus proche du sujet, au côté opposé Haut (Haut-Centre), le plus éloigné devant lui ; etc. Voir : Le Village Itératif. Une méthode de psychothérapie, op. cit., p. 54-57 et 74-76.

[12Pour la nomenclature des éléments du matériel du Village, voir : Le Village Itératif. Une méthode de psychothérapie, op. cit., p. 50-51.

[13Editions Charles Dessart, Bruxelles, 1967.

[14Mucchielli R. (1966). Introduction à la psychologie structurale, Bruxelles, Editions Charles Dessart.

[15Mucchielli R. (1960). Le jeu du Monde et le test du Village imaginaire. Les mécanismes de l’expression dans les techniques projectives, Paris, P.U.F.

[16Henri Maldiney (1912-2013), philosophe français, dont les travaux en phénoménologie ont notamment porté sur la folie, l’art et l’esthétique. Voir le recueil d’essais : Regard, Parole, Espace (Lausanne, éd. L’Age d’homme, 1973). Site Internet

[17Universitaire et essayiste français (1921-2012), auteur d’une œuvre anthropologique réhabilitant l’imaginaire comme dimension essentielle de vie mentale : Les Structures anthropologiques de l’imaginaire. Introduction à l’archétypologie générale (PUF, 1960, 1969) – L’Imagination symbolique (PUF, 1964) – L’Imaginaire. Essai sur les sciences et la philosophie de l’image (Hatier, 1994).

[18Voir l’article de Ludwig Binswanger, « Le rêve et l’existence » (1930), trad. fr., in : Binswanger L. (1971). Introduction à l’analyse existentielle, Paris, Editions de Minuit, p. 199-225.